Agressions sexuelles dans le sport : la libération de la parole en six dates

« Non, il n'y a pas d'omerta sur le harcèlement sexuel dans le sport », assurait Laura Flessel en novembre 2017. Depuis, de nombreux sportifs et sportives ont pris la parole pour dénoncer des cas d'agressions et de viols dans de nombreuses fédérations.

« Non, il n’y a pas d’omerta dans le sport ». Dans un entretien accordé à L’Express le 07 novembre 2017, Laura Flessel, alors ministre des sports, expliquait que « tout est en place pour que la remontée d’informations se fasse » concernant le harcèlement sexuel. Changement de ton deux ans et demi plus tard. « Nous aussi au ministère, on ne mesurait pas l’ampleur, le nombre de cas et la gravité », a reconnu Roxana Maracineanu alors que de nombreuses révélations ont éclaté depuis fin janvier. Ce vendredi, s’est ouvert à Paris une convention nationale contre les violences sexuelles dans le sport français au siège du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). De nombreuses fédérations sportives y participent.

  • 30 janvier : l’onde de choc Sarah Abitbol

Le 29 janvier, l’Équipe publie le témoignage de trois anciennes patineuses de haut niveau accusant de violences sexuelles leurs entraîneurs. Mais c’est véritablement le témoignage de Sarah Abitbol, dans un livre paru le 30 janvier (Un si long silence, Ed. Plon) et dans l’Obs qui a brisé le silence. La patineuse artistique accuse son ex-entraîneur Gilles Beyer de l’avoir violée quand elle avait entre 15 et 17 ans, au début des années 1990. Le 4 février, une enquête pour « viols et agressions sexuelles » a été ouverte par le parquet de Paris après les accusations de Sarah Abitbol. Des révélations chocs qui ont finalement conduit à la démission de l’emblématique président de la Fédération française des sports de glace, Didier Gailhaguet, sous la pression de Roxana Maracineanu. Depuis, de nombreuses autres révélations ont eu lieu dans le patinage artistique.

  • 4 février : 54 sportifs et sportives s’engagent

Nathalie Péchalat, Teddy Riner, Tatiana Golovin… Au total, pas moins de 54 athlètes olympiques ont signé une tribune sur France Info pour dire stop aux violences sexuelles dans le sport. « Il est temps de donner de la voix », écrivent les signataires qui demandaient par exemple la création d’une cellule d’écoute des victimes, indépendante des fédérations et tenue de respecter l’anonymat le plus complet. Selon eux, « il est temps d’agir collectivement et de prendre conscience que briser le silence, c’est aussi servir le sport ».

  • 5 février : La ministre des sports « lance un appel » aux victimes d’abus sexuels

Invitée de RTL, Roxana Maracineanu a annoncé le 5 février l’ouverture d’une cellule d’écoute au ministère des Sports. « Je lance un appel parce qu’à partir du moment où on a une plainte, où on a un témoignage, on peut agir », a expliqué l’ancienne nageuse, tout en rappelant l’adresse mail de signalements signal-sports@sports.gouv.fr. « Aujourd’hui, en tant que ministre c’est mon rôle de veiller à la sécurité morale des pratiquants », a poursuivi la ministre.

  • 7 février : le ski touché à son tour

Sur Facebook puis dans les médias, Catherine Gonseth et Claudine Emonet, deux anciennes skieuses de haut niveau ont à leur tour pris la parole. Les deux sportives ont révélé avoir été victimes de leur ancien entraîneur. « J’ai été agressée sexuellement par mon entraîneur, comme plusieurs de mes coéquipières, anciennes skieuses de l’équipe de France de ski alpin, je dénonce ces faits qui se sont déroulés à la fin des années 1970, début des années 1980 », a affirmé Claudine Emonet, aujourd’hui âgée de 58 ans, à Ski Chrono.

  • 14 février : quatre plaintes dans l’escalade

Quatre plaintes ont été instruites par la justice dans le milieu de l’escalade en Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Bourgogne-Franche-Comté. « Aucun des cas n’est lié au championnat national », a expliqué Pierre You, le président de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), sur France Info. « Pour trois cas, ce sont des encadrants qui sont visés, travaillant avec des jeunes. Pour le dernier, c’est un président de club », a‑t-il poursuivi.

  • 21 février : les fédérations sportives réunies au ministère des Sports

Alors que l’athlétisme, l’équitation ou encore le football ont été également touchés, une convention nationale contre les violences sexuelles dans le sport français se tient au siège du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Une réunion à l’initiative de Roxanna Maracineanu. Plusieurs mesures sont attendues comme un contrôle généralisé des casiers judiciaires pour tous les bénévoles ou un meilleur accompagnement des victimes. Mais il faudra encore attendre mai prochain pour connaître le plan global du gouvernement pour lutter contre les violences dans les sports.

En 2007, l’occasion manquée

 

En 2007, Isabelle Demongeot publie Service volé, un livre de 260 pages dans lequel elle raconte les neuf années de calvaire pendant lesquelles elle dit avoir été violée par son entraîneur, Régis de Camaret. L’ex-numéro deux du tennis français a finalement vu son agresseur condamné à huit ans de prison ferme pour viols et tentatives de viols. Mais cela n’avait pas permis un débat public de grande ampleur. « Cela paraissait comme un malheur individuel, explique rétrospectivement Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports de 2007 à 2010 pour France Info. « Tout ça ne mettait pas en cause un système. Et je n’ai pas senti le monde du sport très réactif ».