Brexit et immigration : le gouvernement britannique prêt à bouleverser son économie

Après sa sortie officielle de l’Union européenne le 31 janvier, le Royaume-Uni se prépare à mettre fin à la libre circulation des citoyens européens sur son sol.

C’est une des promesses du Brexit en passe d’être tenue pour Boris Johnson. Mercredi 19 février, le Premier ministre britannique et son gouvernement ont présenté leur plan d’action en matière de gestion des flux migratoires. « Reprendre le contrôle de nos frontières » et « réduire le niveau d’immigration », tels sont les mots d’ordre de cette réforme dont la mise en oeuvre est prévue à l’horizon 2021, après la période de transition qui s’achève à la fin de l’année. Le 31 janvier dernier, la sortie officielle du pays de l’Union européenne a plongé les expatriés et autres migrants du Royaume-uni dans une profonde inquiétude.

Représentant environ la moitié de l’immigration outre-manche, les citoyens européens sont les premiers visés par les mesures de ce plan qui privilégient une réduction drastique des flux en faveur d’une main d’oeuvre très qualifiée.

Quel sera le nouveau système ?

Priti Patel, la ministre de l’Intérieur britannique qui porte la réforme, s’est chargée de sa promotion sur les plateaux télé cette semaine. Elle a ainsi justifié le besoin d’un système migratoire plus restrictif car huit millions de personnes, âgées entre 16 et 64 , sont « économiquement inactives » au Royaume-Uni. Alors que certains secteurs tels que la restauration, l’agriculture ou encore le secteur médical souffrent d’une pénurie de main d’oeuvre.

De ce fait, le dispositif de sélection des migrants envisagés par le gouvernement Tory se base sur un système à points. Chaque candidat est soumis à des critères très précis. Le plus clivant étant l’obligation pour les arrivants de maîtriser la langue anglaise. En effet, le gouvernement de Boris Johnson affirme vouloir fermer ses frontières à tous les employés non qualifiés. Autre condition requise : les travailleurs qui souhaitent s’installer au Royaume-Uni devront justifier d’un salaire minimum de 25 600 livres (30 075 euros) par an.

 

Toutefois des exceptions sont envisagées pour les professions en pénurie de main d’oeuvre, comme le secteur médical. Fin de parcours également pour les travailleurs au statut d’auto-entrepreneurs. Ceux-ci ne pourront plus venir travailler outre-manche sans avoir au préalable une offre d’emploi avérée, ce qui vise particulièrement les fameux plombiers polonais ou les travailleurs du bâtiment roumains pointés du doigt par les pro-brexit durant la campagne.

Quid des expatriés européens ? Même si en principe « Européens et non-Européens seront traités à égalité » d’après le projet de loi, il n’y aura pas de changement significatif pour les 3,4 millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni, dont près de 350 000 Français. Car la réforme à venir cible les nouveaux entrants. De même pour les touristes issus de l’UE, cela ne changera rien car visiter le Royaume-Uni pourra se faire sans visa jusqu’à six mois.

Quelles pourraient être les conséquences économiques ?

Ce projet de réforme similaire au système à points mis en en place dès 2013  en Australie — où la sélection draconnienne des migrants a abouti à un décroissement des flux — suscite l’ire de nombreux acteurs économiques et politiques au Royaume-Uni. « Les emplois que le gouvernement considère comme sous-qualifiés sont vitaux pour le bien-être et la croissance de nos entreprises. Cette annonce menace de tarir la main d’oeuvre dont on a besoin pour assurer nos services », a déclaré le responsable du syndicat pour le recrutement et l’emploi, Tom Hadley dans les colonnes du journal The Guardian. De nombreux chefs d’entreprises ont immédiatement accusé le gouvernement de mettre en péril l’économie du pays en évoquant des conséquences désastreuses pour le secteur tertiaire.

La directrice des ressources humaines de la chaîne de restauration rapide Prêt-à-Manger avait déjà alerté il y a deux ans sur la pénurie de main d’oeuvre qui guette ses restaurants avec ces possibles mesures restrictives. « Seulement un candidat sur 50 qui se présente pour un poste de barista à Prêt-à- Manger est britannique » avait alors expliqué Andrea Wareham à un comité parlementaire. Sur sa lancée, le gouvernement persiste en précisant avoir retiré de la liste des emplois reconnus jusqu’à aujourd’hui comme des emplois qualifiés — les serveurs, les emplois de base dans le secteur agricole et la pêche — en les ajoutant à la liste des emplois non qualifiés. Celle-ci est basée sur les recommandations du « Migration Advisory Committee », l’instance qui supervise le projet de loi.

Kate Nicholls, la responsable du principal syndicat hospitalier du Royaume-Uni a dénoncé le manque de préparation et d’inconsidération de cette réforme en indiquant qu’en dix mois sa mise en place serait « un désastre pour le secteur hospitalier et le peuple britannique ».

Face à ces critiques, la ministre de l’intérieur Priti Patel a souligné la responsabilité des entreprises britanniques pour la formation des travailleurs afin qu’ils puissent s’adapter rapidement aux besoins du marché du travail. Mais lors d’une interview à la BBC mercredi, elle s’est trouvée en difficulté pour expliquer comment les huit millions de personnes au chômage qui sont censées bénéficier de ce nouveau dispositif migratoire pourront être formées alors que la majorité d’entre eux sont pour la plupart étudiants, chômeurs de longue durée ou retraités. La Grande-Bretagne qui connait un taux de chômage satisfaisant avec 3,8%- là où celui de la France se situe à 8,1% — pourrait voir avec cette mesure un ralentissement significatif  de sa croissance, aujourd’hui à 1,8%.