Comment #MonPostPartum met en lumière la solitude des jeunes mamans

Initié par l’appel à témoins de la sociologue Illana Weizman et la militante féministe Ayla Linares, le hashtag #MonPostPartum rassemble des témoignages crus d’accouchements et de la période difficile qui suit. Des récits cash et sans concessions qui traduisent le même sentiment de solitude.

« Jamais je ne me suis sentie aussi seule alors que je venais tout juste d’accoucher ». Julie, 33 ans, est assistante administrative en région parisienne. Sa fille est née il y a 4 ans. Allergie à la morphine, équipe médicale surchargée, manque d’informations : elle garde un amer souvenir de cette journée. « J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre, j’ai très mal vécu cette expérience. Il n’y a aucun suivi pour la maman… tous les soins sont orientés vers le bébé », regrette-elle. « Or, avoir un enfant, et surtout un premier, c’est un traumatisme ! Il faut dire les choses comme elles sont », insiste Julie.

Depuis le 15 février 2020, les témoignages de mères pleuvent sous le hashtag #MonPostPartum sur Twitter et Instagram. Initié par la sociologue Illana Weizman et la militante féministe Ayla Linares, de nombreuses femmes décrivent le calvaire qu’a été leur accouchement, mais également le Post Partum, la période qui suit la naissance. Et le sentiment d’abandon qui l’accompagne.

Le couple à l’épreuve de l’accouchement

Audrey met son fils au monde le 6 novembre 2018. Le traumatisme est encore « béant ». Après 10 heures de travail, à 6h03, « mon fils nait enfin ! », s’exclame-t-elle. La jeune femme notifie au personnel soignant que la péridurale ne fonctionne pas. « Le gynécologue me répond ‘de toute façon j’ai fini’ alors qu’il est entrain de me recoudre ! Je ressens chaque point. Je hurle de douleur », se souvient-elle. « J’ai mis plus d’un an avant de ne plus ressentir cette douleur en pensant à mon accouchement. C’est comme si la souffrance avait une mémoire. » Des événements restés gravés qui ont eu un impact délétère sur sa vie amoureuse et intime. 

« Depuis l’accouchement, j’ai de fortes douleurs à chaque rapport sexuel », déplore Audrey. « J’ai consulté plusieurs gynécologues différents. Tous me disent que tout est normal, que soit c’est dans ma tête, soit que je ne suis pas assez lubrifiée, ou alors le comble : qu’il faut y aller doucement ! », s’emporte-t-elle. 

L’idée d’un second enfant a déjà été évoquée avec son conjoint. Mais la jeune femme avoue avoir toujours les images de son accouchement dans un coin de la tête : « Pour l’instant ça reste un sujet de discorde ». 

A 33 ans, Ophélie a décidé d’opter pour une solution plus radicale : se faire ligaturer les trompes. « C’est le choix de la raison et non du coeur. Je ne veux plus à avoir à subir tout ça », assène-t-elle. Elle se souvient de la période post accouchement avec angoisse. « Mon fils est né le 20 décembre. A Noël, je devais faire mine que tout allait bien alors que ce n’était pas le cas ». La jeune maman souffre encore de tranchées, des contractions utérines douloureuses qui surviennent après l’accouchement. « Deux mois après, c’est toujours dur. Je n’arrive plus à retrouver une vie sexuelle normale car j’ai des douleurs horribles et une énorme appréhension de retomber enceinte », explique-t-elle. 

« Je vis dans un corps qui n’est pas le mien »

Ophélie s’étend également sur la gêne, voire la honte qui accompagnent le post partum. « Je devais aller aux toilettes toutes les heures pour changer mes couches, j’étais devenue complètement incontinente ». Son mari, « il ne peut pas comprendre. Je vis dans un corps qui n’est pas le mien. J’ai envie de pleurer chaque matin quand je dois m’habiller parce que je ne rentre toujours pas dans la moitié de mes fringues, et parce que les dégâts de la grossesse resteront marqués sur mon corps ». 

Pour Alison qui a au eu son enfant à 29 ans, la période de post partum a été d’une « incroyable violence ». « Après l’accouchement, je suis remontée dans ma chambre. J’ai dû uriner dans un bocal, accroupie sur mon lit avec mon conjoint en face de moi. Je suis restée 15 minutes dans cette position, encore à moitié sous péridurale, parce que les sages femmes étaient trop occupées », détaille-t-elle. La jeune femme a subi une importante déchirure. Des points de suture ont été nécessaires du vagin jusqu’à l’anus. « Les points sont tombés relativement vite, mais le dernier a fini par céder au bout de 4 mois. C’était extrêmement douloureux », se remémore-t-elle. Faire sa toilette était alors « un calvaire », et toute relation intime « simplement impensable ». 

Mais pour la jeune maman, le pire a été « de se sentir infiniment seule ». Elle sombre alors dans la dépression sous l’incompréhension totale de son entourage. « Quand on est une femme, on doit vivre l’accouchement comme un moment merveilleux. La société n’accepte pas que qu’on ne le voit pas comme ça », s’offusque l’assistante maternelle.

Alison a aujourd’hui 32 ans. Elle a consulté une psychologue durant deux ans. « Le temps de faire le deuil de mon accouchement idéal », sourit-elle.