Salon de l’agriculture : les trois travaux d’Emmanuel Macron

Le Président de la République inaugure samedi le Salon de l'agriculture en compagnie de son ministre en charge de la politique agricole du gouvernement, Didier Guillaume. Les défis sont nombreux, entre protection des agriculteurs et transformation des modèles agricoles.

Il y était resté près de sept heures l’année dernière, entre vaches, cochons et petits verres de vins locaux. Emmanuel Macron lance le coup d’envoi samedi du 57e Salon de l’Agriculture. Accompagné de son ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, le chef de l’Etat devrait réaffirmer son lien avec le monde agricole et faire figure de défenseur des filières françaises. C’est en tous cas la posture adoptée devant l’Union européenne et dans une interview accordée à la presse régionale, dont Ouest France et publiée ce vendredi. Décryptage des enjeux agricoles d’Emmanuel Macron.

Défense de la Politique agricole commune

Emmanuel Macron est monté au front jeudi à Bruxelles sur la Politique agricole commune (PAC), affirmant sa détermination à « se battre » pour la défendre face aux attaques de certains pays, au sommet extraordinaire sur le budget européen. Le résultat n’a pas tardé puisque le ministère de l’Agriculture affirme ce vendredi avoir obtenu le maintien du budget de la PAC, dont la France est la première bénéficiaire parmi les états membres de l’U.E. Un premier signal fort à l’adresse des agriculteurs français.

La PAC et le montant global du budget étaient « fortement attaqués par les pays du nord », selon l’entourage du président. Pour Emmanuel Macron, l’Europe reste, malgré les difficultés, « la seule voie possible « pour assurer l’avenir de l’agriculture française. « Sortir de l’Europe, comme le propose le Rassemblement National, c’est condamner l’agriculture française en livrant à eux-mêmes nos agriculteurs sans aide ni protection », prévient-il.

Faire face à l’ « agribashing »

Se montrer ferme. Emmanuel Macron a affirmé qu’il « ne tolèrerai(t) aucune violence à l’encontre des agriculteurs », dans une interview dans la presse quotidienne régionale. « Nous sentons aujourd’hui une tension forte dans la société et il faut à la fois protéger les agriculteurs contre les stigmatisations dont ils sont l’objet et réussir la transformation du modèle agricole », a détaillé l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande.

Promesse de campagne du candidat Macron en 2017, l’interdiction du glyphosate, ce pesticide provoquant le débat quand à sa dangerosité parmi les scientifiques, est prévue pour 2021. Une mesure qui inquiète fortement le monde agricole, qui dénonce une «  stigmatisation » des agriculteurs dans l’opinion public.

Le chef de l’Etat a réaffirmé que cet objectif « ne sera pas tenable sur la totalité des exploitations ». Il avait déjà déclaré en janvier 2019 que la France ne parviendrait pas à se passer « à 100% » du glyphosate en trois ans. Sur ce sujet, « j’ai toujours indiqué que nous ne laisserions pas les agriculteurs sans solutions. Le gouvernement a saisi l’Anses et l’Inra pour identifier les alternatives viables et pour organiser une sortie du glyphosate sur des bases objectives », a‑t-il rappelé. Il a d’ailleurs annoncé une aide de 25 millions d’euros pour compenser une partie des pertes de récolte liées à la mise en place des « zones de non traitement » par les pesticides.

Responsabiliser la grande distribution

Assurer le service après vente. Le président a affirmé que la loi Alimentation, qui promet de rémunérer les agriculteurs en fonction de leurs coûts de production, « commence à produire des effets. La clé de tout ça, c’est bâtir des indicateurs puis organiser le dialogue dans la filière. Cela suppose aussi que tous les acteurs de la chaîne soient responsables. Je salue Lidl par exemple, qui contractualise, donne du prix et de la visibilité. »

Avant d’affirmer son intransigeance quant aux respects des règles par les grands distributeurs. « Nous avons multiplié les contrôles. Résultat : 4 millions d’euros d’amendes ont été prononcées envers les distributeurs pour non-respect des règles. Nous avons assigné Leclerc. La grande difficulté que nous rencontrons, ce sont ceux qui essayent de contourner la loi avec leurs centrales d’achats en Belgique ou ailleurs. Ce ne sont pas des tendres, moi non plus, ça tombe bien »,  s’est-il félicité. Pour assumer un peu plus un statut de protecteur de l’agriculture française, et peut-être aussi, lancer une opération séduction à destination de l’électorat agricole qui s’est souvent senti culpabilisé par le président Macron.