Violences sexuelles dans le sport : où en sont les fédérations ?

Convoquées vendredi 21 février pour la convention nationale sur les violences sexuelles dans le sport, les fédérations sportives ne sont pas toutes au même stade dans la lutte contre ce fléau. 

« La démission de Didier Gailhaguet était nécessaire, mais ce n’était qu’une première étape. Il reste à nettoyer une partie de la fédération ». Une semaine après les accusations de viol contre son ancien entraîneur Gilles Beyer, Sarah Abitbol s’est montrée prudente après des décennies d’omerta au sein de la Fédération française des sports de glace (FFSG). Selon elle, la démission de l’ancien président, resté près de vingt ans à la tête de l’instance, n’est qu’un premier pas pour mettre fin à un « système » dissimulant les violences sexuelles.

Les révélations de l’ex-championne ont secoué le monde du sport français, déjà marqué par la révélation de scandales de pédophilie par le média Disclose en décembre 2019. Dénoncées depuis plusieurs années par des associations comme « Colosse aux pieds d’argile », créée en 2013, l’accumulation des affaires de violences sexuelles forcent désormais les fédérations à réagir, et à prendre des mesures pour endiguer ce fléau.

Formations et outils pédagogiques

Comme l’expliquait Véronique Lebar, présidente du Comité éthique et Sport et docteur en médecine au micro de Franceinfo, certaines fédérations ont pris cette problématique « très au sérieux », avant même les révélations de Disclose ou de l’Équipe. Selon elle, c’est notamment le cas de la Fédération Française de Football (FFF), qui a instauré dès l’année 2018 des formations des encadrants ou des entraîneurs, et créé des outils pédagogiques à destination des licenciés.

La fédération d’athlétisme (FFA), de son côté, a publié une charte d’éthique et de déontologie qui fait mention de ces violences dès 2012, actualisée en 2014 puis à nouveau en 2019.  Comme le précise RMC Sport, les entraîneurs sont sensibilisés à ces questions lors de leurs formations, complétées par des actions de prévention et sensibilisation.

La Fédération d’équitation (FFE), dont trois moniteurs sont actuellement accusés pour des viols dans les années 1980, a également pris des mesures en 2013, demandant aux parents d’être présents avec leurs enfants hors des heures d’entraînement. Suite aux récentes révélations, la directrice technique nationale Sophie Dubourg a récemment indiqué à l’AFP qu’une « série d’actions [allaient] suivre ».

« Prendre la mesure du problème »

Dans un article du Monde daté du 20 février, le fondateur de l’association Colosse aux pieds d’argile, l’ex-rugbyman Sébastien Boueilh, révèle que de nombreuses fédérations sportives l’ont contacté suite à la sortie du livre de Sarah Abitbol. « Certains ne dorment pas sur leurs deux oreilles, explique-t-il, qu’on se serve de nous comme d’un paravent nous dérange ».

Telle la FFSG, certaines fédérations ne sont pas emparées de la lutte contre les violences sexuelles au cours des dernières décennies, et doivent aujourd’hui prendre des mesures fortes pour rattraper leur retard. En 2009, pourtant, une enquête du ministère de la Santé rapportait déjà que 10% des garçons et 13% des filles avaient été exposés à des violences sexuelles dans le cadre d’une pratique sportive.

A l’instar de la fédération de patinage, celle de natation est également critiquée, avec des accusations visant l’entraîneur d’un cursus sport étude à Font-Romeu dans les années 1980. Plusieurs nageuses ont dénoncé des tentatives de viols et des gestes déplacés alors qu’elles étaient encore adolescentes. Après une plainte, le coach avait été condamné à six mois de prison avec sursis, sans être contraint de quitter son poste d’entraîneur. « Il faut qu’on accélère parce que l’actualité nous rattrape. Ça met un peu la pression sur tout le monde », a réagi Julien Issoulié, directeur technique national de la natation, qui s’est engagé à accélérer le contrôle des licences dans sa discipline.

La convention sur les violences sexuelles du vendredi 21 février, organisée à l’initiative de la ministre de la jeunesse et des sports Roxana Maracineanu au CNOSF, devrait permettre de faire le point et d’évaluer quelles fédérations doivent combler leur retard. « La mobilisation des fédérations est indispensable avec la nomination de référents jusqu’au niveau de chaque association sportive qui pourraient recevoir les témoignages des victimes » a‑t-elle déclaré au Figaro Sport.