Devenir joueur professionnel d’esport, une perspective trompeuse

Des structures associatives accompagnent les jeunes aspirants à une carrière de joueur de jeux vidéos professionnel. Mais les débouchés sont infimes et précaires.  

D’intrigants murs noirs parés d’un logo en forme d’abeille. Au 102 Boulevard de Sébastopol, il est un lieu qui détonne et attire l’attention. Le « V.Hive », Q.G. de Vitality, la plus prestigieuse équipe de e‑sport en France, a ouvert mi-novembre. Au rez-de-chaussée, après la boutique, dans une grande salle où tout est jaune et noir, vingt postes équipés de matériel dernier cri sont proposés à la location pour des gamers anonymes. En ce vendredi après-midi, une dizaine de joueurs sont là dans une ambiance presque studieuse, au son de musique électronique. Au fond, Alex Meistre et Quentin Lacombe, 20 ans, s’entraînent ensemble sur le jeu League of Legends. Pour eux, venir jouer dans les locaux de Vitality est mythique : “C’est un endroit qui fait rêver, je viens parfois jouer ici et assister à des conférences ou des retransmissions” s’enthousiasme Quentin.

 “Mon rêve, c’est de de devenir pro”

Avec l’espoir d’intégrer un jour une structure professionnelle en tant que joueur. “Mon rêve, c’est de devenir pro” assure Alex.“J’ai mis mes études de dessin entre parenthèses. Je me donne un ou deux ans à fond pour essayer de percer, je me dis qu’à mon âge, je peux le faire”. Alex fait partie d’une structure associative, où des coachs et préparateurs mentaux l’encadrent. L’entraînement est chronophage, et plus technique qu’il n’y paraît. “Cela dépend des jours, mais on s’entraîne cinq à six heures par jour. Ce n’est pas que du plaisir, on ne fait pas jouer travaille par exemple nos réflexes et notre réactivité, grâce à des modules en ligne”, détaille-t-il. 

Guillaume Chastant, a fondé il y a deux ans Athrylith Gaming, une association d’encadrement des joueurs, comparable à celle dont fait partie Alex. “Notre structure est semi-professionnelle. On ne fait pas de contrats mais on s’approche de la rigueur d’un encadrement pro, explique-t-il. Tous mes joueurs ont tous une activité pas trop chronophage à côté pour gagner un peu d’argent, mais sinon ils se concentrent à fond sur le jeu, on gère l’entraînement ainsi que l’administratif des compétitions pour eux.”

Horizon bouché 

« Des professeurs de Fortnite, c’est désormais une réalité. Et des parents sont prêts à les payer » titrait USA Today en août 2018. En France, nous n’y sommes pas encore. Aucune école à proprement parler ne prépare les joueurs à devenir professionnelle. Si la Paris Gaming School qu’il a créée comporte une filière pour accompagner deux ou trois étudiants sur la route d’une carrière pro, ce n’est pas son but premier explique Gary Point : « Notre objectif, c’est de former plus largement nos étudiants aux métiers du secteur de l’esport, en marketing, communication, événementiel”. Les joueurs ne paient pas non plus leurs entraîneurs dans les structures associatives, qui ont eux aussi l’espoir d’être repérés par des structures professionnelles. 

Les structures ont aussi l’ambition de se professionnaliser. “Il y a beaucoup de structures associatives qui encouragent leurs joueurs à se lancer dans une carrière pro dans l’espoir de devenir elles même des structures professionnelles par ricochet, décrypte Nicolas Besombes, président de France esport. Mais il n’y a pas la place aujourd’hui dans l’écosystème de l’esport en France pour énormément de clubs : six ou sept structures sont pros, plus les filiales des clubs de foot, et emploient en tout moins de deux cents joueurs, c’est peu”.

Devenir professionnel en esport n’est pas davantage possible que dans le sport classique pour un joueur moyen. “Laisser penser que n’importe qui peut devenir un champion de esport, comme le fait le jeu Fortnite, est un peu malsain, explique Nicolas Besombes. C’est soit le joueur a un gros talent quand il débute, mais il ne devient pas champion sur le tard”. “On ne décide pas de devenir professionnel, l’opportunité vient à vous”, corrobore Gary Point. Il a lui-même été joueur. Et ne le conseille pas : “C’est le pire métier du monde. Les contrats sont instables, l’environnement est hyper compétitif, y compris avec tes partenaires”. La fin d’un rêve ?