Intermittents du spectacle : sans les promesses d’Emmanuel Macron, « certains se seraient retrouvés sans rien »

Le chef de l’État a annoncé que les droits des intermittents seraient prolongés jusqu’en août 2021. Une victoire pour le Collectif Année Noire 2020, qui reste « vigilant ».

Il n’est plus «l’oublié» de la crise. C’est avec soulagement que le secteur culturel a accueilli l’annonce des premières orientations imaginées par l’exécutif pour lui venir en aide, mercredi 6 mai. Un «plan pour la culture» dévoilé par Emmanuel Macron et précisé par le ministre de la Culture Franck Riester.

Le chef de l’Etat a concentré l’essentiel de ses annonces sur les principales victimes de la fermeture des lieux culturels et de l’annulation des événements : les intermittents. Spécificité française, le régime des intermittents exige d’avoir travaillé 507 heures sur douze mois pour toucher l’assurance chômage. Un plafond que les 274.000 professionnels éligibles à ce régime n’ont pas toujours pu atteindre en raison de la pandémie.

Emmanuel Macron a donc plaidé pour que leurs droits «soient prolongés d’une année» au-delà des six mois où leur activité aura été «impossible ou très dégradée», c’est-à-dire «jusqu’à fin août 2021». Tout en convoquant cette «année blanche» très attendue par le monde de la culture, le président de la République s’est engagé à «donner, avec beaucoup de projets, les heures» qui permettront aux intermittents de «ne pas activer ces dispositifs».

3 questions à David, musicien et membre du Collectif Année Noire 2020, qui regroupe des intermittents du spectacle

Les ateliers du CFJ : Dans une pétition en ligne, qui a réuni près de 200.000 signatures, votre collectif réclame l’année blanche annoncée par Emmanuel Macron. Vous avez le sentiment d’avoir été entendus ?

David : «Le Président ne nous a pas offert la poule aux œufs d’or, c’est un minimum. Mais il est en train de nous permettre de nous sécuriser, et il y avait urgence. Sans cette décision, fin mai, certains intermittents se seraient retrouvés sans rien parce qu’ils n’ont pas fait assez d’heures. Quand on est intermittent, on ne passe pas du privé au chômage partiel, on passe du chômage à rien – ou du moins au RSA. Maintenant, il faut que les annonces soient traduites dans des textes.»

Après le succès de votre pétition, vous comptez aller plus loin ?

«Cette pétition est partie de la mobilisation citoyenne de deux musiciens nantais, dont je fais partie. Elle a contribué à une dynamique : il y a eu nous, il y a eu la pétition mise en ligne par le metteur en scène Jean-Claude Fall intitulée ‘culture en danger’, il y a eu une tribune des artistes du cinéma dans la presse… On peut dire que cette mobilisation est réussie. Pour l’instant, on n’a pas d’autres revendications. On va juste s’appuyer sur le collectif qu’on a mis en place pour rester vigilants. On n’est ni des syndiqués, ni des politiques. On a aussi beaucoup de travail à côté, même si on ne performe pas en ce moment.»

Vous espérez qu’un jour le régime des intermittents évoluera ?

«Ce système peut poser des problèmes en terme d’image qu’on renvoie à l’extérieur. Les gens ne comprennent pas forcément ce qu’on fait de nos journées. Ils n’ont pas toujours conscience qu’on est peu payés, alors que dans le même temps la culture rapporte de l’argent, par exemple aux petites villes qui accueillent des festivals. Il y a une très grande diversité entre les intermittents du spectacle. Mais le salaire net médian se situe autour de 1.450 euros. Et notre assurance chômage est plafonnée par le haut. Peut-être qu’un jour, on pourra être financés d’une autre manière, mais je n’ai pas la solution.»