Retour à l’école: chez les enseignants, «on appréhende beaucoup cette rentrée»

Le gouvernement souhaite que les élèves de primaire puissent retourner à l’école dès le 11 mai. Pourtant, dans de nombreuses écoles, les équipes pédagogiques peinent à réunir les conditions qui permettraient d’accueillir les enfants en toute sécurité.

Lundi 4 mai, un document de soixante pages s’est invité dans les boîtes mail des directeurs et directrices des quelque 44.000 écoles maternelles et primaires françaises: le protocole sanitaire en vue de leur réouverture, prévue le 11 mai. Parmi les recommandations figurent notamment le maintien de la distanciation physique, l’application des gestes barrière et le nettoyage et la désinfection des locaux et matériels. Un document accueilli avec perplexité dans certains établissements: «Le protocole, c’est n’importe quoi!», s’étrangle Laura Bouchand, enseignante à l’école maternelle Parmentier, dans le Xe arrondissement de Paris. L’institutrice dénonce une liste de règles «déconnectées de la réalité» et impossible à mettre en place avant le 11 mai.

À Chambéry (Savoie), le scénario de la reprise semble inenvisageable. «À l’heure actuelle, il n’y a pas de reprise!, peste le directeur d’une école élémentaire de cent vingt élèves. On ne peut pas demander à des enfants de ne pas jouer, de ne pas se toucher, de ne pas s’approcher les uns des autres.» D’autant plus que l’école n’a toujours pas reçu le matériel promis par le gouvernement: masques, gants, gel hydroalcoolique. La complexité des règles agace et certains personnels enseignants s’inquiètent notamment de leurs responsabilités en cas de contamination d’un enfant.

«Soit on ouvre à tout le monde, soit à personne»

«Moi, depuis le début, je me porte volontaire pour prendre en charge les enfants des soignants donc cela ne me dérange pas d’y retourner, constate Laura Bouchand. 
Mais dans ces conditions, avec autant d’élèves, avec peu d’informations, c’est compliqué. On appréhende beaucoup cette rentrée.» Les mairies et le personnel des écoles ont une semaine pour se préparer. «Il faut banaliser un lavabo sur deux, un toilette sur deux, réorganiser les plannings, contacter les parents, préparer la salle de cantine…, explique Margaux Churlet, directrice de l’école Henri-Fabre à Lumbin (Isère). C’est beaucoup de travail», confesse-t-elle.

Les contraintes sanitaires sont nombreuses et si les recommandations ne sont pas toutes mises en place, la réouverture ne se fera pas. Pour faciliter leur application, le gouvernement a imposé que les élèves ne retournent pas tous en classe en même temps. Il a donc fallu réorganiser les classes et les plannings: à Lumbin, du lundi au jeudi, toutes les classes du CP au CM2 seront divisées en deux parties. Un groupe aura classe le matin et l’autre l’après-midi. «Ce n’est pas idéal mais c’est la seule solution pour respecter le nombre maximum de quinze élèves par classe. Et on dédiera principalement les cours aux fondamentaux: français et mathématiques», détaille Margaux Churlet, qui estime qu’une quarantaine d’élèves seront présents en même temps dans les murs de l’école. Au moment de la récréation, les élèves sortiront par groupes. Le vendredi sera lui consacré au suivi des élèves que les parents n’auront pas renvoyé à l’école.

Le gouvernement a en effet laissé aux parents la possibilité de garder les enfants à la maison. «Il aurait été cohérent que le gouvernement impose un choix assumé. Soit on ouvre à tout le monde, soit à personne», juge le directeur de l’école à Chambéry. Laura Bouchand estime que sur sa classe de quatorze élèves, «au moins sept ne reviendront pas». Il faudra donc s’occuper des élèves présents à l’école et continuer de dispenser les cours à ceux qui ne le sont pas. Une besogne de plus pour des professeurs déjà surchargés.