Coronavirus : une deuxième vague cet été presque inévitable, selon des scientifiques

La stratégie du gouvernement n’empêchera pas un nouvel engorgement des services de réanimation hospitaliers, selon une étude épidémiologique publiée mercredi. En cause : une trop forte exposition au virus des personnes vulnérables.

La France se dirige-t-elle lentement vers une seconde vague de l’épidémie de Covid-19 ? C’est en tout cas ce qu’affirment des modélisateurs de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de la société d’analyses Public Health Expertise, dans une étude publiée le 6 mai. Ne disposant pas encore des précisions sur le déconfinement apportées jeudi 7 mai par le Premier ministre, les auteurs se sont inspirés du plan esquissé par le président de la République dans son allocution du 13 avril.

La modélisation basée sur la distanciation sociale et le port obligatoire du masque pour tous montre que cette combinaison, «bien qu’efficace pour ralentir l’épidémie et réduire la mortalité», serait «inefficace pour empêcher un deuxième pic épidémique». Nicolas Hoertel, psychiatre et coauteur de l’étude, estime qu’«un nouveau confinement serait inévitable», de même qu’un dépassement des capacités d’hospitalisation en réanimation (environ 7.000 lits actuellement), et ce dès la fin du mois de juillet.

Le seul moyen de ne pas subir un retour en force de l’épidémie serait de protéger davantage les personnes les plus vulnérables. Autrement dit, celles qui risquent le plus de développer une forme grave de la maladie : les personnes âgées de plus de 65 ans et les personnes présentant d’autres facteurs de risque. L’étude n’envisage pas de les exclure du déconfinement, mais de leur imposer des contacts et des sorties limités au strict minimum jusqu’à la fin de l’année. Cette différenciation permettrait «une diminution substantielle de la mortalité de 62%» par rapport aux seules règles de distanciation sociale et de port du masque.

Le 13 avril, Emmanuel Macron annonçait vouloir demander, pour leur protection, «aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps.» Ce n’est finalement pas l’option retenue par Édouard Philippe, qui a assuré jeudi 7 mai qu’«il n’y aura pas de confinement obligatoire pour les personnes vulnérables.» Tout en les encourageant à continuer «à observer, dans toute la mesure du possible, les règles de prudence très strictes» qui prévalaient pendant les deux mois de confinement.

En l’absence de vaccin, l’étude épidémiologique mise sur l’immunité collective qui aura le temps «de s’établir progressivement dans la population la moins vulnérable» à condition que les trois mesures préconisées – port du masque, distanciation sociale, confinement des personnes vulnérables – «soient appliquées par la plupart des gens ou maintenues pendant une période suffisamment longue.» Comme le précise Nicolas Hoertel, «il ne s’agit pas d’exposer une partie de la population plutôt qu’une autre, mais de tenir compte du déséquilibre de risque entre elles.» À défaut, le gouvernement s’expose à devoir, dès cet été, confiner les Français une seconde fois.