Métro, masque, gel, boulot : ils veulent y échapper

Les Franciliens cherchent des modes de transports alternatifs, peu rassurés par le plan de déconfinement transport dévoilé par les autorités pour l’Île-de-France. 

Les portes s’ouvrent, une cohue de parisiens en retard tente de s’engouffrer dans le métro avant que la loupiote rouge ne s’allume. Ça joue des coudes, ça feint de ne pas pousser. Cette scène, c’est celle que craignent de vivre les Franciliens dans les transports de la capitale, ce lundi 11 mai au matin. Bien que classée zone rouge lors du point déconfinement de l’exécutif ce jeudi 7 mai, Paris rouvre ses portes. Celles de son métro aussi. Malgré les mesures de déconfinement présentées par la RATP et le gouvernement ces derniers jours, certains Franciliens ne voient pas d’un bon oeil la réouverture des transports en commun. L’appréhension pousse ceux qui le peuvent à dénicher des solutions de transport alternatives.

Les images de rames de métro bondées pendant le confinement ont marqué les esprits. « C’était blindé tout pareil, comme s’il n’y avait pas de confinement » témoigne Enza, externe au pôle réanimation de l’hôpital Saint-Louis. Exposée au Covid au quotidien, elle est payée 40 euro la garde de 12 heures, de nuit. « Mais en général, on déborde et c’est plutôt 16 heures », indique-t-elle avec nonchalance. Les heures supplémentaires ne sont pas payées. « Dans le métro les gens ne respectaient pas les distances de sécurité. J’attendais parfois une demi-heure avant de monter dans une rame, raconte-t-elle. Ça devenait trop compliqué et dangereux de prendre les transports, alors j’ai fini par prendre la voiture». Pendant plusieurs semaines, l’étudiante parisienne s’est résolue à payer 10 à 12 euros par jour une place sur le parking municipal, afin d’aller travailler. 

Amende, et attestation de déplacement aux heures de pointe 

À la sortie du confinement, la RATP promet de limiter «sa capacité d’emport de voyageurs à 15%». Mais elle annonce aussi que le réseau devrait fonctionner à environ 75% de sa capacité, voire reprendre son rythme habituel sur les lignes les plus fréquentées, comme la 13 et les lignes automatiques. Pour s’assurer du bon respect des gestes barrières, l’entreprise de transport n’a obtenu pour l’heure que de légers outils : un million d’autocollants de prévention posés ces dernières semaines, des marquages au sol mis en place pour faire respecter les distances de sécurité, et des sièges prochainement « condamnés » dans les wagons. La demande de l’entreprise au gouvernement d’un renfort de 1.000 à 5.000 agents supplémentaires, pour faire respecter les règles de sécurité sanitaire, demeure pour l’instant sans réponse.

Le gouvernement appelle pourtant à se montrer plus sévère à partir de lundi. L’exécutif a fini par confirmer l’obligation du port du masque dans les transports. Les contrevenants seront passibles d’une amende de 135 euros. Des masques « grand public » seront provisoirement mis à disposition dans les transports en commun « pour les distribuer en appoint aux personnes qui n’auraient pu s’en procurer », selon la ministre Elisabeth Borne. La RATP espère aussi déployer environ 1000 distributeurs de gel hydroalcolique sur son réseau d’ici la mi-juin.

Solutions alternatives 

Le retour au travail, Charlotte n’y croit pas. Le gouvernement demande aux entreprises de continuer à favoriser le télétravail, mais la jeune femme est bien placée pour savoir qu’elles peuvent s’y soustraire. Alternante dans une agence commerciale de mode parisienne, fait partie des rappelés. « Nous, on pourrait carrément faire du télétravail, affirme l’étudiante de 22 ans. Mais je pense qu’ils veulent avoir toute l’équipe à disposition pour se relancer, parce qu’ils ont perdu beaucoup de chiffre d’affaire », décrypte-t-elle. Confinée dans le Maine-et-Loire, elle devra être sur le pont à 10 heures, dès lundi matin.

D’ailleurs, le ministère l’a précisé : l’accès aux transports en commun sera «réservé aux heures de pointe aux personnes détenant une attestation de leur employeur, ou ayant un motif impérieux pour se déplacer ». Si elle n’envisage pas de négocier avec ses supérieurs, l’alternante balaie aussi de la main l’idée d’effectuer chaque jour les trois quarts d’heure de métro qui la séparent de son lieux de travail. Le vélo ? Ce serait trop long, et « et puis de toute façon il y aura sans doute pas assez de Vélib’ », lance-t-elle. Charlotte espère pouvoir se tourner vers une agence de location de scooters électriques. « Ça coute à peu près 130 euros par mois, et j’ai la chance d’avoir mes parents derrière moi », précise-t-elle.

D’autres sont plus vieux jeu. À 62 ans, Laurence vit dans le 9ème arrondissement. Elle est responsable d’une boutique de maroquinerie dans le 17ème. Elle sait qu’en marchant bien, elle peut faire la route en moins d’une heure : elle l’a déjà fait, pendant les grèves RATP de fin d’année. Elle ne l’admet qu’à moitié, mais « même avec un masque », c’est vrai que le métro l’inquiète un peu. Et puis après tant de temps enfermée, « ça sera toujours mieux d’être dehors ! », positive Laurence.