Le métro expérimente des caméras « intelligentes » pour évaluer le taux de port du masque

A titre «expérimental», la station de métro Châtelet, à Paris, se voit équipée de ces caméras «intelligentes» pour évaluer le nombre d’usagers respectant l’obligation du port du masque dans le métro parisien. «Aucune donnée ne sera stockée» assure le cofondateur de la start-up à l’origine du dispositif, face aux questions soulevées sur le respect de la vie privée et l’efficacité.

Le port du masque, obligatoire dans les transports en commun à partir du 11 mai, sera-t-il respecté dans le métro parisien ? Le dispositif mis en place à la station Châtelet, l’une des plus fréquentées d’Europe, située au cœur de la capitale et traversée par cinq stations de métro, tentera de répondre à cette question, a expliqué la RATP au journal Le Monde le 7 mai.

Utilisé à titre «expérimental» pour une durée de trois mois à partir du 11 mai, le dispositif repose sur un logiciel de reconnaissance automatique. Les images filmées sont transformées en données statistiques depuis la caméra «intelligente». L’objectif affiché:comptabiliser le nombre d’usagers respectant la règle sanitaire de port du masque dans les transports. Six caméras inaugureront le test au début du déconfinement. Le double à terme. 

La régie des transports parisiens a chargé la Commission nationale et libertés (CNIL) d’examiner ce système. La Commission a pour le moment déclaré au site spécialisé NextInpact que la RATP présentait «des garanties en matières de protection de la vie privée des personnes». Les voyageurs seront informés de la présence des caméras par des messages diffusés sur les panneaux d’affichage dans la station-clé du centre de Paris et sur les quais du métro.

La solution vient de la société Datakalab, créée en 2017 à Paris, initialement créée pour assurer le comptage de personnes dans les centres-commerciaux, les hôpitaux ou les duty-free. Elle peut réaliser des statistiques par sexe, tranche d’âges ou par niveau de satisfaction grâce au sourire.

Cannes, précurseur du dispositif

En dehors de la question de la vie privée, se pose l’enjeu des résultats de ce dispositif. Les caméras de détection automatique sont moins efficaces à l’intérieur d’une station de métro qu’en plein jour. Xavier Fischer, le cofondateur de l’entreprise française DatakaLab, se défend dans Le Monde en prenant l’exemple de la ville de Cannes, où les mêmes caméras détectent automatiquement le port du masque dans plusieurs marchés provençaux, depuis le 23 avril. «Sur deux marchés différents, nous avons vu des écarts de score importants:c’est suffisant pour que la mairie sache dans lequel elle doit distribuer en priorité des masques.» Dans la commune, l’expérimentation se poursuit. Datakalab analyse désormais la distanciation sociale entre les individus et s’installe dans les bus.

Ces caméras «intelligentes» soulèvent des craintes du côté de l’association la Quadrature du net, défenseuse des droits et libertés sur internet. Elle s’inquiète d’une possible verbalisation, à terme, en cas d’absence de masque repérée par ce logiciel. La ministre de la Transition écologique et solidaire Élisabeth Borne a annoncé le 7 mai une amende de 135 € pour les contrevenants dans les transports publics à la date du déconfinement. La RATP assure «qu’aucune donnée ne sera stockée, tout sera entièrement anonyme, et ce dispositif n’est absolument pas prévu à des fins de verbalisation».

La cheffe de cabinet adjoint de Cannes, Sophie Mouysset, semble donner crédit à cette méfiance. Elle précisait le 29 avril pour Libération : «Si le masque devient obligatoire, et que le gouvernement nous donne les moyens, à un moment donné il faudra faire de la répression pour appliquer ce principe.»