« Je fais partie des premières personnes à les retoucher » : ostéopathes et kinésithérapeutes rouvrent leur cabinet

Après deux mois de confinement, les ostéopathes et kinésithérapeutes ont rouvert ce lundi matin leurs cabinets. Masque, gel, désinfection : difficile de s’habituer à ces nouvelles conditions de travail.

Les plantes vertes sont un peu sèches et le chauffage difficile à remettre en marche. À Brétigny-sur-Orge (Essonne), le cabinet de Thomas Lamassonne rouvre doucement, comme endolori par deux mois d’inactivité. Seules trois chaises occupent la salle d’attente, contre dix habituellement. Les premiers patients passent la porte ce lundi matin, jour du déconfinement. Des habitués, pour la plupart. Ils devront s’accoutumer aux nouvelles règles sanitaires : masque obligatoire et lavage de main dès l’entrée. « Je les ai prévenus en amont, explique l’ostéopathe. Ils sont tous venus avec leur masque» 

De nouvelles habitudes, aussi, pour le praticien. Les patients entrent par une porte, ressortent par l’autre. C’est Thomas Lamassonne qui leur ouvre, pour éviter tout contact. Il désinfecte chaise, bureau et table d’ostéopathie après chaque passage. « Ce matin, j’ai orienté un patient vers la mauvaise porte en sortant et j’ai oublié de désinfecter la chaise une fois, s’amuse-t-il. Il faut s’habituer, ce sont plein de détails ! »

Masque, lavage des mains et désinfection après chaque patient

Même ballet entre chaque patient pour Marie-Pierre Degage, ostéopathe à Compiègne (Oise). « J’ai décidé de prévoir 1h30 pour chaque consultation, au lieu d’1 heure habituellement, pour avoir le temps de désinfecter, précise la praticienne, qui a décidé de porter des tenues de sport, pour pouvoir les laver à 60°. Quand on enchaîne les patients, on oublie facilement un détail. » Elle a décidé de ne rouvrir son cabinet qu’à 50%.

Pourtant, la demande est là. « Depuis ce matin, on n’a même pas le temps de raccrocher qu’un nouveau patient appelle déjà ! » s’étonne Clément Meunier, kinésithérapeute à Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère). Thomas Lamassonne a sept consultations de prévues rien que ce lundi, une « grosse » journée pour l’ostéopathe. « Je m’attendais à ce que les patients aient peur mais tout s’est fait naturellement », songe le praticien installé dans l’Essonne.

“C’est une galère, ça change toute la politique de notre cabinet”

« C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! s’exclame Marie-Pierre Degage. Les gestes habituels sont revenus, il n’y a pas eu de malaise. C’est vrai qu’on est très proche du patient : je fais partie des premières personnes à les toucher de nouveau ! » Pour limiter les risques, la praticienne modifie sa pratique : des consultations plus courtes, centrées sur l’essentiel, et moins de dialogue. « Je suis plus dans l’action que dans l’émotionnel », résume l’ostéopathe.

Pour Clément Meunier, il a fallu tout repenser. Dans leur cabinet, lui et ses deux associés ont l’habitude de travailler de manière dynamique : les patients se croisent et passent d’un exercice à l’autre, en utilisant notamment des machines dédiées. « C’est une galère, ça change toute la politique de notre cabinet, se lamente le kinésithérapeute. Il faut désinfecter toutes les machines, écourter les séances. On travaille de façon plus ciblée, moins fonctionnelle. » 

Après deux mois d’inactivité et l’angoisse de ne voir aucune rentrée d’argent, les praticiens craignent désormais d’être contaminé ou de contaminer leurs patients. « Nous ne sommes pas formés à ce genre de protocoles sanitaires stricts, s’inquiète Clément Meunier. On se sent très seuls, on ne reçoit aucune directive du gouvernement. » Le kinésithérapeute rouvre les portes de son cabinet aujourd’hui, mais, si le déconfinement ne tient pas ses promesses, il craint d’avoir à les fermer de nouveau.

Lise Roos-Weil