Qui sont ceux que le Covid-19 tue ?

L'observatoire de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France publie un rapport sur le profil des victimes du Covid-19. La région comptabilise 18% de la population française et concentre 43 % des formes graves de Coronavirus enregistrées en France.

Quelles populations ont été les plus touchées par le coronavirus ? Selon une étude de l’observatoire de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, révélée par Le Parisien, c’est en Seine-Saint-Denis que le Covid-19 a été le plus mortel (+ 118%). En comparaison avec l’année précédente, le département compte deux fois plus de morts en mars 2020 qu’en mars 2019.

En deuxième position,  les Hauts-de-Seine, avec une augmentation de la surmortalité de 102%. Paris, le Val-de-Marne et le Val-d’Oise ont connu des augmentations respectives de 93%, 94% et 90%. En revanche, la surmortalité n’a pas augmenté de plus de 50% dans les Yvelines, l’Essonne et la Seine-et-Marne.

Des travailleurs plus à risque que d’autres

Les métiers dits “de contacts” sont particulièrement à risque en terme de contamination. Selon l’étude, la Seine-Saint-Denis a été particulièrement touchée car il existe dans le département 12% de “travailleurs clés” — autrement dit des employés qui ne peuvent pas recourir au télétravail — contre 7% dans la capitale. En cause : le département compte le plus de caissiers et vendeurs (18,7 %), nettoyeurs (25,2 %) facteurs (16,5 %), livreurs (21,6 %) et conducteurs de transports en commun (22,8 %) de toute la région.

La profession n’est pas le seul facteur de mortalité, puisque la Seine-et-Marne, le département le moins meurtri par le virus, compte aussi beaucoup de “travailleurs clés” (11%). Les Hauts-de-Seine, département fortement touché par le virus, en compte 8%.

Une forte densité de population augmente les risques de propagation du virus 

La Seine-Saint-Denis et les Hauts-de-Seine partagent un point commun : une densité de population inférieure à la moyenne nationale. Dans le 93, plus du tiers de la population habite un logement avec moins d’une pièce par personne. C’est autant de cages d’escaliers, d’ascenseurs et de portes que se partagent les habitants. Autre facteur de propagation du virus dans les habitats collectifs : les familles ne possèdent pas de jardins privatifs et sont contraints de rester dans une petite surface fermée, pendant une grande partie de la journée.

Le cas du Val-d’Oise, où le taux de mortalité a grimpé de 90%, rend les données crédibles. Le département n’est pas limitrophe de Paris mais compte 11% de “travailleurs de clés” et de ménages qui comptent plus de 5 personnes. Dans les Yvelines, le département voisin, le nombre de morts a augmenté 65% : le nombre d’employés qui ont eu pu avoir recours au télétravail est plus important.

Le lieux de résidence définit aussi l’état de santé

Autre similitude entre le Val-d’Oise et la Seine-Saint-Denis : les taux de diabète ou de maladies respiratoires sont les plus élevés de l’Île-de-France. Ces maladies chroniques sont des facteurs de risques bien connus du Coronavirus. L’état de santé initial des Franciliens, varie là aussi d’une département à l’autre. Entre les deux départements les plus touchés (le Seine-Saint-Denis et les Hauts-de-Seine), il y a deux ans d’écart d’espérance de vie entre les hommes, par exemple.

À l’avenir, l’Observatoire aimerait renouveler l’expérience en analysant les données communes par communes, puis quartiers par quartiers. Le but : faire des observations les plus fines possibles et peut-être identifier de nouveaux facteurs de mortalité du Covid-19.