Coronavirus : le casse-tête de la réouverture des cantines

Repas froids pris dans les classes et horaires étendus pour respecter les distances sanitaires. Une chose est sûre: la cantine « du monde d’après » ne ressemble pas à celle d’hier.

Finis les jeux pour savoir qui doit remplir le broc d’eau. Pour éviter que les enfants ne touchent les mêmes objets, à l’école Alain Savary de Montpellier, les parents doivent leur fournir des gourdes. Alors que les élèves retrouvent les salles de classes et les cours de récréation, les établissements scolaires s’organisent pour faire respecter les gestes barrière à la cantine.

Maintenir les distances sociales et assurer la désinfection des lieux peut s’avérer complexe dans les réfectoires, où les enfants s’échangent desserts, entrées et bouts de pain. Pour éviter que trop d’élèves ne soient réunis dans un même endroit, le conseil scientifique, qui guide le gouvernement pendant la crise sanitaire, a recommandé aux écoles de faire manger les enfants directement dans les salles de classes. Une solution en partie rejetée par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Cela se décidera « école par école », a expliqué  le ministre sur BFMTV. « Parfois on demandera aux élèves de venir avec leur déjeuner. Mais dans certaines communes, la cantine de l’école sera en mesure de respecter les règles sanitaires.»

Les groupes privés, qui fournissent les établissements scolaires, s’adaptent. « On ne pourra pas fonctionner comme on fonctionnait avant le confinement. On va devoir réinventer la manière dont nous délivrons notre service», détaille Philippe Guillemot, le directeur général d’Elior, l’un des géants de la restauration collective, à Franceinfo. Le groupe, qui fournit 1 500 écoles et 800 crèches, proposent à ses clients de se détourner du format « self », peu propice à la distanciation sociale, au profit de menus froids, directement livrés sur des plateaux individuels.

Alors que certaines écoles mettent en place des marquages au sol et des roulements entre les élèves, d’autres tentent de maintenir leur service au maximum. A l’école maternelle Pelleport, dans le XXe arrondissement de Paris, les enfants pourront profiter de plats chauds, servis dans le réfectoire. Au moins dans un premier temps. « On n’aura pas de problème pour respecter les distances barrières, parce qu’on accueillera très peu d’enfants », commente la directrice de l’établissement. L’école s’apprête à accueillir 17 élèves, contre 125 en temps normal. « Mais ça va devenir un vrai problème très vite, quand plus d’élèves reviendront », reconnait-elle.

Des pauses déjeuner dans les salles de classe

A 800 kilomètres de là, à l’ouest de Montpellier, les enfants scolarisés à l’école Alain Savary se contenteront de repas froids, parfois directement servis sur leurs bureaux. La mairie fournira des plateaux repas clefs en main. «On n’utilisera pas les appareils qui servent en temps normal à réchauffer, pour éviter une charge de travail supplémentaire de désinfection, explique monsieur Dubonjon, le directeur. Les repas seront pris dans le réfectoire avec un roulement, ou directement dans les classes. »

Des élèves confinés dans les classes, même à l’heure de la cantine. Voilà de quoi faire grincer des dents. Sur Twitter, des internautes s’émeuvent, soulignant que “les journées risquent d’être longues sur la même chaise”.

A la veille de la rentrée, les incertitudes sont encore nombreuses. « Ça va être très compliqué. On va devoir être très réactif », détaille le directeur de l’école Alain Savary. Dans son établissement, les parents qui veulent faire déjeuner leur enfant à la cantine ne doivent prévenir l’administration que le jour même. Impossible de se préparer correctement dans ces conditions.  « Cela dépendra du nombre d’enfants, mais surtout du nombre d’agents mis à disposition par la mairie, résume-t-il. S’ils sont trop peu nombreux, les enfants devront manger dans les salles de classe. Or en ce moment, on a beaucoup d’arrêts maladie. »

Le retour de la cantine, même aménagé, est vu comme un vrai soulagement pour bien des familles. Le déjeuner pris à l’école constitue le seul repas équilibré de la journée pour de nombreux enfants.