“Je leur demande de s’imaginer qu’ils sont dans une bulle” : les enseignants s’adaptent aux gestes barrières

Après deux mois sans école, ce mardi 12 mai 2020 sonne la fin de la récréation pour un million d'élèves français. Les professeurs des écoles ont dû redoubler de créativité pour faire respecter les gestes barrières à leurs chères têtes blondes.

Un, deux, trois, soleil”. À première vue, ce jeu d’enfant qui alterne course de vitesse et position statique n’inclut aucun contact entre les élèves. Pourtant, ce mardi 12 mai, premier jour d’école post-confinement, dans la cour de récré de cet établissement privé du Nord de la France, ces petits bouts de 6 ans ne peuvent s’empêcher de se congratuler, de se bousculer, de chahuter et donc, de se toucher.

Spontanément, ils oublient. Quand ils arrivent au mur (NDLR ce qui termine le jeu) ou qu’ils n’arrivent pas à rester immobiles, ils ont tendance à se toucher. On a tout le temps un oeil sur le groupe et on les accompagne partout”, explique Charlotte, professeur d’un effectif réduit à 7 élèves, en classe de CP.

Difficile de faire respecter les règles de distanciation sociale à des enfants. “Je leur demande de s’imaginer qu’ils sont dans une bulle et que personne ne peut y entrer”. Pour leur faire comprendre le message de manière ludique, Charlotte mise sur le jeu.

“On découvre des enfants qu’on ne connait pas”

Il règne comme une atmosphère de rentrée des classes dans le groupe scolaire de Charlotte. “Les enfants étaient heureux de se retrouver. À peine le dos tourné, le petit au premier rang voulait discuter avec celui du fond”, sourit l’enseignante. “On a discuté une bonne heure de ce qu’ils ont appris quand ils faisaient l’école à la maison. Beaucoup ont dit qu’ils préfèrent être à l’école, car la maîtresse explique mieux”, rit-elle de bon coeur.

Habituellement, ce n’est pas aux petites classes qu’elle s’adresse mais aux lycéens. En parallèle de ses cours de pastorale qu’elle continue de dispenser de chez elle, la professeure a été mobilisée en renfort pour assurer les cours à un groupe de CPs. Une classe dont elle sera en charge tous les mardis matins jusqu’à nouvel ordre. “On découvre des enfants qu’on ne connait pas, ce n’est pas évident de s’adapter à chacun. Pour certains enseignants, c’est très stressant”.

Règles sanitaires respectées

Après la récréation, les élèves entrent un par un dans la classe. Avant de rejoindre leur chaise, ils se frottent les mains avec du gel hydro-alcoolique. Tout au long de la journée, les règles sanitaires sont régulièrement rappelées.  “L’infirmière scolaire est passée dans toutes les classes pour expliquer les gestes barrières aux enfants, ils les connaissaient déjà bien. Certains sont même arrivés à l’école en portant un masque”.

Contrairement aux enfants, les encadrants sont tenus de porter un masque. Cette mesure inquiète Manon, professeure des écoles dans le XXe arrondissement de Paris, qui reprendra le chemin de l’école jeudi prochain. On appréhende un peu de le porter toute la journée, sachant qu’il va rapidement faire 30 degrés dans nos classes. On va appliquer le protocole sanitaire du ministère mais il est très compliqué à faire respecter à des enfants”.

Malgré les craintes, elle accueille le retour à l’école avec soulagement. “Quand les familles t’appellent à 23h30, c’est compliqué à gérer. Il n’y avait pas de pause, on était toujours connecté et prêt à répondre. On est vraiment content d’y retourner pour retrouver nos élèves !” Elle dira bientôt adieu aux cours par visio, pour découvrir le défi des gestes barrières, avec des enfants bien présents face à elle, cette fois.