“Trop risqué” : ces Français qui ne veulent pas se déconfiner

Entre la peur du virus et l'appréhension de devoir à nouveau faire société, certains Français voudraient prolonger le confinement.

“Hors de question que je me déconfine aujourd’hui”. Thibault*, habitant de l’Oise, département classé rouge, est catégorique. “C’est trop risqué”, tranche-t-il. Après un confinement respecté à la lettre — il n’est sorti que deux fois, pour faire les courses — il ne comprend pas la décision des autorités de lever les premières interdictions à partir de ce lundi.

“Rester chez soi, c’est sauver des vies. C’est un geste citoyen. Je ne vois pas pourquoi ça devrait changer le 11 mai. La santé devrait primer avant tout”. Pour lui qui a déjà passé trois semaines isolé en hôpital psychiatrique pour cause de schizophrénie, ces deux derniers mois passés cloîtrés chez son père lui ont paru relativement faciles. “Tout le monde peut le faire. La santé des personnes fragiles en dépend”, pointe-t-il.

Nora*, jeune consultante en communication, confirme. Elle-même est inquiète pour sa propre santé. “Le décompte des morts quotidien depuis deux mois m’a traumatisée. Je vais temporiser, voir comment la situation évolue. En tout cas, ça m’a clairement passé l’envie d’aller dans les magasins, m’agglutiner aux gens pour acheter des choses dont je n’ai pas besoin”, insiste cette Parisienne en télétravail.

“J’ai trouvé mon rythme de croisière”

Pour d’autres, ce n’est pas tant le virus qui freine le déconfinement, plutôt une appréhension de retrouver le monde “d’avant” et les inconvénients qui vont avec. “J’ai pris mon rythme de croisière ” souffle Thérèse, 85 ans, confinée dans sa maison en bord de Loire. “Avant le confinement, ma seule sortie, c’était le bridge. Et franchement, mes compagnons de jeu ne me manquent pas. Souvent il y a de la jalousie, des remarques désagréables des autres joueurs… Chez moi, je suis bien”. Sa nouvelle vie, assure-t-elle, est plus reposante. “Hier ma petite fille m’a même fait remarquer par Skype que j’avais l’air plus jeune!”.


Le confinement a aussi parfois été l’occasion d’un rapprochement avec ses proches. “Mes deux enfants étudiants sont rentrés à la maison. J’étais trop heureux de les avoir pendant deux mois, jubile Dominique*, père poule en télétravail depuis son appartement du sud de la France. J’ai la boule au ventre de les laisser partir une nouvelle fois” Christiane, son épouse, abonde. “On a recréé un cocon. Ce qui est difficile, brutal même, c’est de se retrouver à nouveau confronté à l’inconnu, de devoir changer. On avait recréé une zone de confort. Je n’ai plus envie d’en sortir”.


Tous ces sentiments d’appréhension sont tout à fait normaux, rappelle Véronique Berger, psychologue. “Le monde social est devenu inconnu. C’est angoissant de retrouver le monde d’avant, après deux mois à se construire en confinement, à s’adapter à cette nouvelle situation. Le contexte est très anxiogène, et personne n’a les codes.”

Certains professionnels de santé comparent même la période actuelle à la situation de prisonniers. “Ils sont malheureux quand ils entrent en prison, et après quatre ou cinq ans de prison, ils ont peur de sortir, peur du monde social où ils ont perdu l’habitude de vivre” soulignait Boris Cirulnik, psychiatre, sur Europe 1 lundi.

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