“Avec le déconfinement, on risque une épidémie de consultations” : les psychiatres s’inquiètent

Les psychiatres redoutent, avec le retour à la normal, une augmentation des urgences psychiatriques, notamment pour les collégiens et lycéens.

Cacher ses troubles psychologiques n’était plus un problème. Thibault, 27 ans, souffre de schizophrénie. Ce jeune homme originaire de l’Oise a vécu les semaines du confinement comme une période de repos. A l’inverse, le déconfinement réveille ses angoisses. “Un jour, quelqu’un avec qui j’étais en désaccord m’avait dit ‘de toute façon, tout le monde sait que tu es fou’. Avec le confinement, je n’avais plus à subir ce genre de remarques…”

Comme pour Thibault, psychologues et psychiatres s’inquiètent des répercussions du retour à la vie normale amorcé lundi pour les personnes souffrant de fragilités mentales. Dans les hôpitaux psychiatriques, il n’y a pas eu de ‘vagues’ de patients pendant le confinement. “Ca a été plutôt l’inverse” insiste le docteur David Scoffer. Ce psychiatre à Marseille (Bouches-du-Rhône) estime que les consultations ont chuté de 30% à 50% ces deux derniers mois. Ce qu’il redoute, maintenant, c’est l’afflux de patients lié au déconfinement.

Le confinement, une “enveloppe protectrice”

“Il faut comprendre que le confinement a résolu beaucoup de problèmes. La plupart de mes patients sont anxieux ou dépressifs. Et la meilleure solution pour eux, c’est d’éviter les situations anxiogènes”, poursuit le psychiatre de la cité phocéenne. Chose que le confinement a permis.

“Ces deux mois ont été comme un enveloppe protectrice. J’ai continué les consultations en visioconférence, et souvent, il n’y avait pas besoin de plus”, confirme le psychologue Rémi Deplanque, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Plus de travail, d’écoles, ni d’impératif social…Un soulagement pour nombre de malades. Notamment pour les collégiens et les lycéens, craint David Scoffer. “Avec le retour à l’école qui se profile, beaucoup de parents m’appellent. Certains adolescents ont des problèmes de sommeil, des accès de violences…”

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La faute à la pression de l’institution scolaire, selon ce psychiatre. Moins ressentie en période de confinement, elle repointe aujourd’hui le bout de son nez. “Pendant deux mois l’Education nationale a dû s’adapter aux situations individuelles des élèves, réfléchir à leurs conditions de vie.” Quitte à relâcher un peu les exigences, proposer d’autres types de contenu, faire preuve de souplesse. “Inimaginable avant”, juge le psychiatre.

“Je ne fais pas le procès des enseignants, je pense au-delà, jure-t-il. J’aimerais bien que la grande maison de l’Education nationale profite de ce moment pour changer structurellement, et aller plus vers les étudiants, partir de leurs problèmes et de leur désir. Car pour le moment, l’école est pathogène”, conclut le psychiatre. Au grand désarroi des déconfinés vulnérables.