Confinement: une source d’augmentation de la charge mentale

Pendant le confinement, les inégalités entre les femmes et les hommes se sont creusées, avec une accumulation des tâches à gérer.

Enfants, travail, cuisine, courses… Avec le confinement, les tâches se multiplient à la maison, une charge mentale épuisante source d’épuisement psychique.

« L’aspirateur il ne connaît absolument pas »

Pour Marion, 29 ans, le confinement est loin d’avoir été une bonne expérience. La jeune femme partage sa vie avec un militaire «déjà pas là la semaine en temps normal» et «quand il rentre, il n’a pas forcément envie de faire grand chose».

«Il trouve ça normal de me déléguer tout le reste et avec le confinement rien n’a changé» s’exaspère Marion qui énumère ses tâches quotidiennes: «le linge, faire tourner la maison, plier le linge, repasser, tout ça, ce n’est pas du tout dans ses habitudes».

Pendant que madame s’occupe de leur fille au lever, monsieur est «sur son téléphone». «Il me demande quand je vais faire les courses, si j’ai remarqué qu’il manquait tel produit alors qu’il pouvait le faire aussi» se lamente-t-elle. Elle poursuit: «L’aspirateur il ne connaît absolument pas. Il connaît le mot poussière mais il ne la fait pas. A part nettoyer sa voiture, son garage… mais tout ce qui me concerne moi et la maison… il fait ses petites affaires en gros».

Face à ces efforts à sens unique, la jeune femme a tenté d’en parler à son mari et depuis, «j’ai remarqué qu’il s’était mis à vider et à remplir le lave-vaisselle mais c’est tout» note Marion.

Elle affirme un brin pessimiste «je ne pense pas qu’il changera ou un petit peu mais il n’en fera jamais autant que moi ça c’est sûr».

Le plus dur, « c’est la pression de l’extérieur »

Alexandra, maître de conférence à l’université s’estime quant à elle «chanceuse» car son compagnon «fait plein de choses à la maison». La vie de couple n’est pas un problème pour l’enseignante «on se partage assez bien le travail en temps normal». En revanche, pendant le confinement, télétravail et gestion des enfants s’est vite révélé ingérable pour cette maman de deux enfants: «mon mari étant facteur, pendant le confinement j’étais souvent toute seule avec les enfants tout en étant en télétravail et faire du télétravail avec deux enfants de moins de six ans c’est vraiment très fatiguant parce qu’on a l’impression de se dire tout le temps il faut que je fasse ci et ça, que j’envoie tel mail, il faut que je fasse tel truc”. Une charge mentale difficile à contenir pour Alexandra qui rapporte également «des tensions avec les collègues» qui lui ont «fait remarqué que la vie privée n’avait rien à faire avec le boulot. Intérieurement elle explose:

Mais là en fait ma vie privée c’est mon boulot, c’est mes conditions de travail !”.

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La charge mentale du soir mélange charge mentale et charge émotionnelle. Même si beaucoup sont passés en chômage partiel ou en télétravail, vous êtes encore nombreuses et nombreux à travailler à l’extérieur dans plein de secteurs. Ici, pour éviter les disputes et les tensions, et donc la charge émotionnelle de porter tout cela, cette femme préfère mettre son énergie sur la charge mentale (prévoir…) que de revivre les difficultés du soir. Et après une journée de travail où on passe son temps à penser au virus, c’est bien normal de vouloir la paix le soir. Sans confinement, c’est la même chose. Après une journée de travail, on ne veut pas en plus gérer les tensions… Alors on fait tout pour éviter cela. Au point parfois de s’oublier. Ce choix est un choix compliqué. Mais il montre surtout un manque d’investissement réel du partenaire. Le partenaire ne fera jamais comme vous, car vous êtes unique, mais l’Autre doit aussi trouver une manière efficace de penser et de faire. Ce n’est pas grave si cela ne vous ressemble pas. Mais ce choix entre tout organiser ou gérer les disputes le soir n’est pas apaisant, ne permet pas de se sentir bien. Ce n’est pas un schéma viable. Chacune et chacun est responsable de son foyer et de sa tranquillité. J’envoie une tonne de soutien aux personnes qui vivent des moments difficiles en ce moment. Prenez soin de vous et de votre santé mentale. #taspensea #chargementale

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Elle avoue «ça n’a pas été facile et ça a beaucoup joué sur mon choix de rescolariser mon fils aîné quand ça a été possible. J’ai pu alors travailler et ça m’a fait un bien fou d’avoir le silence à la maison, de ne pas entendre des pleurs et des cris».

Dans son entourage, Alexandra compte des couples d’amis qui se sont retrouvés tous les deux en télétravail mais dont la femme «devait assumer le travail des enfants car le mari n’était pas ‘dérangeable’». Notion intéressante qui en dit long sur les préjugés comme «lorsqu’un enfant est malade à l’école, on appelle systématiquement la mère et pas le père» note la mère de famille.

« J’ai l’impression d’être la femme dans le couple »

Mais la charge mentale n’est pas qu’une affaire de femmes. Jean, banquier, a l’impression tous les jours et encore plus pendant le confinement «d’être la femme dans le couple et elle l’homme» en parlant de sa compagne. Pour lui, le confinement «n’a pas changé grand chose», à part faire «remonter les points de frictions» indique le trentenaire. «Elle était en télétravail donc forcément elle avait du temps dans la journée pour passer un coup de ménage ou vider le lave-vaisselle mais quand je rentrais du boulot rien n’était fait donc ça me mettait un peu en rogne».

Jean a beaucoup souffert de la situation: «Je comprends totalement les femmes qui peuvent subir une charge mentale et même les hommes parce quand on se dit qu’on finit le boulot, au final il y a ‘une deuxième chose’ qui nous tombe dessus quand on rentre» avec les tâches ménagères.

Pour lui, c’est en partie une question d’éducation «ma mère m’a toujours inculqué ’ à la maison il faut que tu aides ta femme, que tu sois là pour ne pas qu’elle ait l’impression d’être la bonniche à la maison. Je n’ai pas envie de faire subir ça à ma compagne mais je n’ai pas envie non plus d’être la bonniche, c’est un travail d’égal à égal ».

Pour sensibiliser au partage des tâches, le collectif mixte « Féministons-nous » a mis en place début janvier un atelier pour instaurer une meilleur organisation dans le temps de réalisation des corvées. Un des membres, Pierre, affirme avoir eu «plusieurs retours comme quoi en terme de répartition le confinement n’avait rien changé». Seul:

«le nombre de tâches a augmenté et les femmes passent encore plus de temps à s’en occuper ou à rappeler aux autres de le faire»

D’après l’Institut européen pour l’égalité des genres (EIGE), en 2019, 79% des Françaises en couple déclaraient passer au moins une heure par jour à la cuisine et au ménage contre 34% pour les hommes. Un long chemin dans l’égalité de la répartition des tâches reste encore à parcourir.