Troubles obsessionnels compulsifs : “tout le monde s’est mis à adopter mes tocs”

Pendant le confinement, beaucoup de personnes atteintes de troubles obsessionnels compulsifs ( TOC) se sont retrouvées seules et démunies. Une situation angoissante synonyme de régression pour elles.

Pas facile de gérer ses tocs en étant confinés, une période qui s’est soldée par un retour à la case départ pour de nombreux patients.

Morgane, 22 ans, est atteinte d’un trouble compulsif de la propreté : «Je me lave les mains tout le temps. Quand je fais des courses ou que je sors, je désinfecte toujours tout, je prends une douche et je change de vêtement ».

Cela nous vous rappelle rien ? Pendant le confinement, la jeune femme a remarqué, surprise

« Ce qui a été très bizarre pendant cette période c’est que tout le monde s’est mis à adopter mes tocs »

« Mes amis m’ont même dit en rigolant de faire une masterclass sur la propreté » s’amuse-t-elle.

Une situation qui permet à Morgane de ne plus avoir honte de ses tocs. Mais dans le même temps, son stress s’est accentué car « d’un coup dans les supermarchés il n’y avait plus de gel hydroalcoolique, plus de lingettes alors que pour moi c’est vraiment vital ». Aujourd’hui, elle entame son dernier paquet car elle n’en trouve toujours pas dans les rayons, « c’est vraiment la panique » s’inquiète l’étudiante.

« Je peux faire une croix sur tous les progrès que j’avais fait »

Le confinement n’a pas été bénéfique pour la jeune femme qui ne sait plus si ses TOC sont bien ou mal. « Je peux faire une croix sur tous les progrès que j’avais fait ».

Même chose pour Kenny, 35 ans qui vit en région parisienne et souffre de gestes répétitifs « Les mécanismes que j’avais réussi à mettre en place depuis quelques années ont sauté avec le confinement ».

Elle raconte : « Je me suis retrouvée à vérifier dix fois si la porte était bien fermée, à allumer et éteindre les lumières à plusieurs reprises. Surtout, j’ai refait des crises d’angoisse et de tétanie, ce que je n’avais plus depuis des années »

Aujourd’hui, cette employé de bureau appréhende de retrouver son travail « je reprends à mi-temps cette semaine et je suis certaine que le soir même ou le lendemain je vais avoir une crise d’angoisse ».

« L’incertitude du quotidien va créer un climat d’instabilité »

Anne-Hélène Clair, psychologue spécialisée dans les troubles obsessionnels compulsifs, a remarqué avec le confinement une « augmentation globale du stress ou encore des conflits familiaux exacerbés ».

Pour ses patients, le confinement « a eu plutôt un effet protecteur car le fait de ne pas sortir leur permettait de ne pas être confronté à ce qui les angoissait ».

Pour les rassurer, la spécialiste leur indique « qu’il faut essayer de s’adapter à notre environnement car on ne peut pas changer ce qui se passe autour de nous avec la crise sanitaire ».

Anne-Hélène s’inquiète toutefois des effets du déconfinement, « une situation aussi angoissante pour les patients et les personnes ‘lambdas’. Il y a beaucoup de personnes qui ont peur à l’idée de retourner au travail, mettre les enfants à l’école et se demandent si elles peuvent aller voir leurs parents ou grands-parents au risque de transmettre le virus ».

« Ce qui est commun aux deux périodes c’est que personne ne sait comment ça va se passer (…) s’il va y avoir une deuxième vague par exemple et l’incertitude du quotidien va créer un climat d’instabilité » analyse-t-elle.

Pour gérer cette angoisse permanente, la psychologue poursuit ses consultations sur la plateforme «Covid Ecoute », structure mise en place pendant le confinement pour répondre aux souffrances psychologiques et toujours disponible.