« Le virus nous a volé notre élection » : les maires élus au premier tour impatients de prendre leurs quartiers

Les équipes municipales choisies dès le premier tour prendront leur fonction ce lundi, a annoncé Édouard Philippe. Un soulagement pour les élus, deux mois après leur victoire.

« J‑10 ! » se réjouit Paul-Loup Tronquoy. Ce fonctionnaire de 31 ans compte les jours avant le prochain conseil municipal, durant lequel il doit prendre ses fonctions de maire. Le 15 mars dernier, la ville de Bergues (Nord) a choisi son édile au premier tour des élections municipales, comme 86% des communes françaises. Mais l’épidémie de Covid-19 a empêché leur prise de fonction.

Deux mois plus tard, ils n’ont toujours pas convoqué leur premier conseil municipal. « Il y a eu une certaine frustration de ne pas rentrer tout de suite en fonction » admet Paul-Loup Tronquoy. Le premier ministre Édouard Philippe y a mis fin ce mardi. Un décret publié ce vendredi permettra aux nouveaux conseillers municipaux d’être intronisés lundi 18 mai. Leur premier conseil municipal se tiendra entre le 23 et le 28 mai.

En dépit des élections, les maires sortants ont prolongé leur mandat ces deux derniers mois. Une situation qui a parfois provoqué l’incompréhension chez les habitants. « Beaucoup de gens m’appelaient « M. le maire » et quand je leur répondais que je ne l’étais pas encore malgré les résultats, ils me demandaient : « Mais qu’est-ce-qu’ils font depuis tout ce temps-là ? », s’amuse Paul-Loup Tronquoy, qui décrit « une période de confusion, mais qui s’est déroulée en bonne intelligence. »

Dans certaines communes, ce délai a permis une passation de pouvoir progressive. À Bergues, le nouveau maire salue « l’attitude républicaine » de sa prédécesseur, Sylvie Brachet, qui soutenait pourtant une liste différente. « C’est vraiment elle qui prenait les décisions au début mais j’ai été petit à petit associé aux discussions. Aujourd’hui, il ne se passe plus une journée sans que l’on s’appelle », remarque-t-il. Achat de masques, situation des écoles en réouverture… Paul-Loup Tronquoy se sent préparé à reprendre l’ensemble des dossiers.

 

« Il y a la loi et il y a le bon sens »

Dans d’autres communes, l’annonce d’Edouard Philippe sonne la fin d’une période « troublée », comme à Naveil (Loir-et-Cher). En mars, les 2200 habitants y ont voté en majorité pour la liste d’une élue de l’opposition, Magali Royer-Marty. Depuis, elle n’a eu aucun échange avec l’exécutif. « Dès que l’on a su que la passation de pouvoir ne pourrait pas se faire en raison de l’épidémie, j’ai envoyé un courrier au maire demandant que l’on en profite pour effectuer une transition pendant la période. Il a simplement objecté qu’il restait maire », déplore celle qui ne reste pour le moment qu’une conseillère municipale. Tout en admettant la légalité de ce maintien au pouvoir, elle regrette l’absence de discussions : « il y a la loi et il y a le bon sens ». Son installation imminente au bureau de maire, Magali Royer-Marty l’accueille donc avec « un grand soulagement ». « On trépigne ! On va enfin pouvoir se mettre au travail », souffle-elle.

 

« Pouvoir enfin travailler avec l’équipe élue me conforte. C’est une question de légitimité. » Philippe Juvin, maire (LR) de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine)

 

Et il y a urgence à se mettre au travail, dans cette situation de crise épidémique, selon Philippe Juvin, réélu à la mairie de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine). Pouvoir bientôt travailler avec son nouveau conseil lui donne plus d’assurance pour discuter des décisions pressantes, comme l’orientation budgétaire. « D’une part, il y avait dans cette période un élément de faiblesse juridique. Je craignais que les décisions prises puissent être remises en cause. D’autre part, c’est une question de légitimité », justifie le maire LR, dont la liste a obtenu 76% des voix le 15 mars.

 

« Pas un début de mandat idéal »

Pour les nouveaux élus, l’actualité bouleverse les perspectives. « Mon programme était totalement déconnecté de la crise sanitaire », concède Jean-Loup Tronquoy, à Bergues. L’activité de sa ville, connue depuis le succès du film Bienvenue chez les Ch’tis, est très touristique. Il prépare donc un plan d’urgence pour venir en aide aux commerçants et aux 29 cafés et restaurants de la commune. « Ce n’est pas que ça fait peur, mais ça peut chambouler ceux qui n’ont aucune expérience municipale dans l’équipe », observe-t-il.

Cela chamboule aussi l’image que ces candidats victorieux se faisaient de leur début de mandat. Mesures sanitaires oblige, leur premier conseil municipal devra respecter les préconisations du conseil sanitaire. Pour observer les 4 m² par personne, la ville de Bergues envisage de réquisitionner la salle des fêtes. À La Garenne-Colombes, Philippe Juvin pense au théâtre municipal. À Naveil, Magali Royer-Marty devra quant à elle enfiler son écharpe sans la présence de son mari. « Le virus nous a un peu volé notre élection », conclut-elle tristement.