Un nouveau “cluster” de covid-19 en Guyane

17 des 18 nouveaux cas positifs confirmés depuis mercredi en Guyane proviennent de Saint-Georges, une commune d'environ 4220 habitants, frontalière du Brésil, où l'épidémie est hors de contrôle.

Un nouveau foyer de contagion est apparu ces deux derniers jours à Saint-Georges, une commune de Guyane française séparée du Brésil par le fleuve Oyapock. Avec 37 cas de coronavirus confirmés pour 4220 habitants — le premier cas d’infection date du 23 avril — Saint-Georges compte près d’un quart des 164 cas confirmés dans toute la Guyane. “Cela ne va pas s’arrêter là”, prévient le Dr Mirdad Kazanji, directeur de l’institut Pasteur de Cayenne qui réalise les deux tiers des tests de dépistage dans la région. La propagation du virus semble en effet en hausse.

Proximité du Brésil

Saint-Georges de l’Oyapock est particulièrement touché en raison de sa position frontalière avec l’état brésilien de l’Amapá et plus précisément avec la commune d’Oiapoque. Celle-ci est durement frappée par le virus, avec 57 cas confirmés, dont un mort, et 151 cas suspects. Oiapoque est une ville de passage et l’un des nombreux points d’entrée des chercheurs d’or des sites aurifères illégaux de Guyane.

Les relations sont régulières entre l’Est guyanais et la rive brésilienne. Deux-tiers des habitants de Saint-Georges de l’Oyapock sont d’origine brésilienne. Fin avril, une note de la cellule interministérielle de crise anti-covid, révélée par le media local Guyaweb, notait une “hausse notable des tentatives de traversée de l’Oyapock”. Les services de police aux frontières auraient refoulés selon le document “près de 80 pirogues entre le 15 et le 17 avril”. La vigilance est a présent accrue et le dispositif “PAF-Gendarmerie-Douanes a été renforcé à Saint-Georges (…) avec l’arrivée des forces armées de Guyane depuis le 19 avril”, conclut la note.

Du relâchement dans le respect du confinement

Pour faire face à l’épidémie, le confinement a été maintenu, uniquement dans la commune de Saint-Georges. Il n’est pas particulièrement respecté sur place selon le maire de la ville, Georges Elfort. “Je déplore que des gens de Saint-Georges aient continué à fêter les anniversaires pendant le confinement”, souligne-t-il. Le couvre feu a été reconduit sur tout le territoire guyanais, considéré comme un prolongement du confinement par  le préfet. Il est interdit de sortir hors de chez soi de 23H00 à 05H00 et la vente d’alcool reste prohibée de 18H00 à 08H00.

Lundi, l’ARS a reconnu “un problème d’approvisionnement en réactifs (nécessaires aux tests PCR, ndlr) pour plusieurs laboratoires”, dont celui de l’hôpital de Cayenne. Ce qui pourrait rendre plus difficile la détection des cas. De son côté, le docteur Kazanji ne cache pas son inquiétude : “s’il y a relâchement, ce que l’on observe déjà (…) si le virus arrive dans les quartiers défavorisés où les gens vivent un peu les uns sur les autres, il fera les mêmes dégâts qu’en Amapa puisqu’on y retrouve les mêmes modes de vie”. Pour rappel, l’État d’Amapá (845 000 habitants) a franchi mercredi la barre des 3 000 cas confirmés et compte 94 morts. Les décès y sont quotidiens.