Etudiants d’Outre-mer, ils ont choisi de prolonger leur confinement

Pour éviter de propager le virus dans les territoires d’Outre-mer, près de 300 étudiants ultramarins sont confinés dans deux hôtels de la région parisienne depuis samedi 16 mai. Une démarche volontaire pour écarter tout risque à leur retour chez eux.

Une petite chambre individuelle avec une télé, « un mini placard, une mini table » et « une toute toute petite salle de bain ». Marie, étudiante à l’Institut Français de presse (IFP) à Paris, sourit des conditions spartiates dans lesquelles elle passe ses journées enfermée.

Originaire de Saint-Pierre et Miquelon, comme 300 jeunes ultramarins, la jeune femme est confinée depuis le samedi 16 mai dans un hôtel aux abords de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle (Seine-Saint-Denis). Une quatorzaine volontaire, finalement vécue sans dramatiser dans l’espoir de rentrer sain dans leur région d’origine, sans risque de nouveau placement à l’isolement.

Il y a plusieurs semaines, l’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité (Ladom) a lancé un appel aux ultra-marins venus en métropole pour leurs études, coincés en raison du confinement. Près de 11 300 d’entre eux ont signifié leur envie de rentrer. Plusieurs centaines se sont portés volontaires pour être placés en quatorzaine avant leur retour afin d’éviter de propager le virus dans leur région, comme le propose depuis peu le ministère. Si tout va bien, ils rentreront chez eux fin mai ou début juin.

“Cette quarantaine me rassure”

L’agence les a alors rapatriés près de l’aéroport de Roissy et pris en charge leurs frais de transports. Les confinés sont répartis dans deux hôtels. Les sites sont gérés par La Croix Rouge et la Fédération Française de sauvetage et de secourisme. Les règles sanitaires y sont strictes. En arrivant, les résidents ont dû passer une batterie de tests pour savoir s’ils étaient positifs au COVID-19. Leur température est aussi mesurée deux fois par jour, au réveil et en fin d’après-midi. Ils seront de nouveau testés au coronavirus avant leur départ. 

« Cette quarantaine me rassure beaucoup parce qu’au moins quand je rentrerai je sais que je n’ai pas de risque de contaminer quelqu’un, confie Romane. Ça m’angoissait beaucoup de pouvoir rendre malade quelqu’un de ma famille ». Même sentiment pour Marie : « Cette quatorzaine est la meilleure des solutions, tranche-t-elle. A Saint-Pierre, qui est le plus petit territoire d’Outre-mer, les hôpitaux ne pourraient pas accueillir de nombreux malades. » En plus des 75 confinés à Roissy, une trentaine de Saint-Pierrais étudiant au Canada sont rentrés sur l’archipel. Les autorités ont décidé de les placer en quarantaine dans un hôtel.

Romane aurait pu rentrer à Sainte-Claude, en Basse-Terre, avant le confinement.  Mais l’étudiante en master de management de l’innovation a souhaité ne prendre aucun risque. « C’est un moindre mal », argue-t-elle. La jeune femme supporte bien cette situation, et espère qu’elle ne sera pas à nouveau en quarantaine à son arrivée en Guadeloupe. Elle doit y commencer un stage début juin.

“Les gens ont peur”

Marie, elle aussi, doit commencer en contrat d’été à cette période. « Une psychose monte à Saint-Pierre, les gens ont peur de ceux qui arrivent dans l’archipel, donc j’espère que je ne serai pas confiné en arrivant », s’inquiète-t-elle.

En attendant, ses déplacements sont limités.  Nous avons le droit de sortir mais seulement quinze minutes maximum, à cinq ou six et avec deux mètres de distance », décrit-elle. Romane fait face à des restrictions plus drastiques encore. « Je ne suis pas fumeuse, donc je ne peux pas sortir, déplore-t-elle. Les seules fois où je sors de ma chambre, c’est pour aller chercher du dentifrice à la réception. »

Pour éviter les contacts, les repas sont déposés devant les portes de chaque chambre de leur hôtel. A elles, ensuite, de venir récupérer leur sac équipée d’un masque. Des conditions d’isolement parfois rudes mais comprises. Il faut aussi en passer par là pour avoir la certitude d’être rapatrié sans risque de contagion à son retour au foyer.