Eglises, mosquées, synagogues : la reprise des cultes sera stricte

Le Conseil d’Etat enjoint le gouvernement à lever l’interdiction des célébrations religieuses dans les lieux de culte, jugée disproportionnée. Évêques, rabbins et imams promettent de mesures sanitaires strictes.

Prier avec un masque, à un mètre les uns des autres, avant de s’asperger les mains de gel hydroalcoolique… Encore inimaginable en janvier dernier, ce mode de pratique religieux va devenir obligatoire. Le Conseil d’Etat a estimé lundi 18 mai que l’interdiction de tout rassemblement dans les églises, mosquées et synagogues, était « disproportionnée » en période de déconfinement. Le gouvernement a huit jours pour permettre aux fidèles de tous les cultes de se rassembler de nouveau.

En vue de cette réouverture, les religions chrétienne, musulmane et juive s’organisent pour éviter une propagation du virus dans leurs établissements. Dans la cathédrale d’Auxerre, tout est « déjà prêt », souligne Mgr Hervé Giraud, archevêque de Sens-Auxerre.

Au sein du monument, qui peut accueillir 400 personnes, seulement « 250 chaises ont été disposées, à un mètre de distance », rapporte-t-il. Le gel est à disposition et, pour les prières et les chants, chaque fidèle aura droit à sa propre feuille et son livre. Des mesures prises à l’initiative des membres de la cathédrale. « J’attends des informations claires du gouvernement, s’impatiente l’archevêque. Est-ce qu’on va pouvoir se rassembler à plus de 10 ? »

L’Aïd menacée 

Malgré une distanciation physique à laquelle « les gens ne sont pas habitués dans les lieux de culte », Mgr Hervé Giraud voit dans ces circonstances une occasion « de prier autrement ». « Les gens vont découvrir une nouvelle dimension dans la pratique. Prendre l’air dans une cathédrale où on ne sera pas les uns sur les autres, ce n’est peut-être pas plus mal ! »

La décision du Conseil d’Etat sur les célébrations religieuses était en phase avec « les réclamations de tous les fidèles », selon M’hammed Henniche, secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis. « Pourquoi les lieux de cultes seraient les derniers à rouvrir, alors que beaucoup de commerces le sont depuis le début du déconfinement ? »

M’hammed Henniche énonce des mesures claires dans toutes les mosquées : « Ce sera masque obligatoire, gel à l’entrée, et surtout, plus de prières traditionnelles en rangs serrés » Là aussi, les pratiquants devront s’espacer d’un mètre. Plusieurs offices seront dispensés tout au long de la journée, en nombre limité. « On a prévu de nous adapter, pourvu qu’on nous laisse ! », lance le responsable religieux. Il se projette maintenant sur la fête de l’Aïd el-Fitr, alors que le mois de ramadan a été « un rendez-vous manqué » à ses yeux. Pour que cette festivité ait lieu, prévue le week-end du 23 mai, il faudra que le gouvernement lève l’interdiction des célébrations dans les lieux de culte avant les huit jours maximums qui lui sont autorisés.

Les synagogues resteront fermées

La question ne se posera pas du côté de la communauté juive. « Nous allons laisser nos synagogues fermées, y compris pour la prochaine fête majeure, Chavouot, qui a lieu dans huit jours », tranche le rabbin Gabriel Farhi, du mouvement juif libéral de France. « Nous n’allons pas mettre en danger les fidèles, et ils nous félicitent que l’on soient prudents. » Le rabbin assure ne pas « ressentir d’urgence. »

Gabriel Farhi se rappelle de la fête de Pourim (9–10 mars), en début d’épidémie, lorsqu’« énormément de personnes » s’étaient rassemblées, sans « mesurer les risques » à l’époque. De nombreux fidèles avaient été contaminés. « Cela nous a refroidi », avoue Gabriel Farhi. « De toute façon, dans la tradition juive, on considère que le lieu le plus saint, c’est la maison. » Chez soi, pas besoin de masque, de mètre de distance, ni de gel hydroalcoolique.