Hydroxychloroquine en prévention : pourquoi la cure de Trump est une mauvaise idée

Lors d’une conférence de presse, le président des Etats-Unis a affirmé vouloir se protéger contre le coronavirus. Les médecins alertent sur les dangers d’une telle pratique.

Hasardeux. Après avoir révélé qu’il prenait de l’hydroxychloroquine depuis une dizaine de jours, en conférence de presse, lundi 18 mai, Donald Trump s’est justifié en évoquant une thérapie supposément préventive et bénigne. Des propos largement remis en doute, depuis, par la sphère médicale. Qui alerte, au contraire, sur la dangerosité d’une telle pratique, dont les effets positifs restent à démontrer.

Après avoir demandé l’avis de son médecin Sean Conley, le président, qui ne présente aucun symptôme du Covid-19, s’était rassuré sur les éventuelles conséquences de ce médicament habituellement réservé aux cas de paludisme ou de lupus. « Cela ne va pas me faire de mal. […] C’est utilisé depuis 40 ans pour le paludisme […]Vous connaissez l’expression: qu’est-ce que vous avez à perdre ? », a‑t-il fait valoir.

Dès le mois de février, Gilbert Deray, néphrologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, estimait pourtant sur Europe 1 qu’il ne s’agissait « pas du tout (d’) un médicament anodin ». « Il ne faut pas laisser ce médicament se diffuser comme ça sans contrôle médical », alertait-il.  «Il faut y faire très attention parce qu’il donne beaucoup d’effets secondaires, et en particulier il donne des atteintes de la rétine avec des pertes de la vision qui peuvent être irréversibles. Ainsi que des troubles du rythme qui peuvent conduire à l’arrêt cardiaque».

«La chloroquine peut tuer»

Le 30 mars, le professeur François Bricaire, membre de l’Académie de médecine et ancien chef de service d’infectiologie à la Pitié-Salpêtrière, mettait à son tour en garde contre les risques d’une mauvaise prise de cette molécule : «À dose très élevée, la chloroquine peut tuer». Six jours plus tôt, un Américain était décédé après avoir avalé du détergent à aquarium à base de chloroquine.

 

En France, après l’engouement suscité par les équipes du professeur Raoult, le centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Nice (Alpes-Maritimes) est chargé de surveiller les évolutions médicales à la suite d’un traitement à base de chloroquine. Depuis le 27 mars, 54 cas de troubles cardiaques dont sept mortels ont été rapportés par le professeur Milou-Daniel Drici, responsable du CRPV de Nice. Le locataire de la Maison Blanche, qui en mars estimait déjà que la chloroquine pouvait « changer la donne» face à l’épidémie, a précisé prendre son traitement depuis « dix jours », à raison d’un comprimé par jour.

Des études circonspectes 

Alors que le monde entier cherche un médicament pour soigner les malades du coronavirus, les agences nationales de santé restent sur leurs gardes vis-à-vis de la chloroquine, dont l’efficacité n’est pas encore prouvée. L’Agence américaine des médicaments (FDA) qui en déconseille l’usage «en dehors d’un milieu hospitalier ou d’essais cliniques ». Avis partagé par l’Agence française de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) : «En attendant les résultats des nombreux essais cliniques en cours, il est légitime de réserver les prescriptions de ces produits au milieu hospitalier ».

Plusieurs études scientifiques sont en cours au sujet de l’antipaludéen. Les deux dernières, publiées les 7 et 14 mai dans les revues scientifiques New England Journal of Medicine (NEJM) et British Medical Journal (BMJ), témoignent d’une inefficacité de la chloroquine avec le dosage actuel sur des cas graves (600 mg). Aucune étude ne fait cependant encore l’unanimité dans la communauté scientifique. Dans l’attente de connaissances et réponses sur ce nouveau virus qui a mis la terre entière à genoux, le professeur Milou-Daniel Drici rappelle une phrase du serment d’Hippocrate : «Primum non nocere» : «D’abord ne pas nuire.»