Comment les propriétaires d’Airbnb se préparent à accueillir les premiers touristes

À l'occasion du week-end de l'Ascension, certains propriétaires d'Airbnb recevront des voyageurs pour la première fois depuis le début du confinement. D'autres s'y refusent encore. Mais partout, la prudence est de mise.

«Le téléphone n’arrête pas de sonner.» Depuis la levée du confinement, le 11 mai, Caroline, 52 ans, reçoit régulièrement des demandes de réservation. Sa grande maison de 320 m², «une vieille longère napoléonienne», située à Perdreauville (Yvelines), est en location sur la plateforme Airbnb. «Comme je suis dans le périmètre des 100 kilomètres autour de Paris, les gens sont très intéressés», souffle-t-elle. Mais pour ce week-end de l’Ascension, propice à une augmentation du trafic sur tout le territoire d’après Bison Futé, elle n’a souhaité accueillir… personne. «Je ne suis pas encore prête à recevoir six inconnus chez moi, après deux mois de confinement», avoue la commerçante à la retraite, désireuse aussi de protéger la santé de son entourage.

Airbnb tente pourtant de rassurer ses hôtes depuis plusieurs semaines. La plateforme a envoyé à tous les loueurs un protocole global d’hygiène et de propreté. Contactée, elle nous affirme «l’avoir développé en partenariat avec les principaux experts en matière d’hygiène médicale, et s’être associée avec l’entreprise de nettoyage durable Ekoklean pour apporter à sa communauté d’hôtes –s’ils le souhaitent– des services professionnels de nettoyage et de désinfection de leur logement».

Malgré ces dispositifs, les inquiétudes demeurent et sont partagées par d’autres hôtes, comme Emmanuelle, qui ont pris une décision radicale: ne plus louer jusqu’à la fin du mois d’août. «Perdu pour perdu, il y a trop de risques. Si quelqu’un attrape le virus et se retourne contre moi…, s’interroge cette Lorientaise. C’est trop compliqué à gérer et, potentiellement, source de gros problèmes.» Caroline partage ses craintes mais n’attendra pas aussi longtemps: elle reprendra l’activité le week-end de la Pentecôte, à la fin du mois de mai. La réservation est déjà actée. 

«Les gens recherchent absolument des espaces verts»

Également hôte sur Airbnb, sa fille Madison n’a elle pas le luxe de choisir: il n’y aura pas de week-end de l’Ascension. «Pas d’année, tout court. C’est mort. J’ai zéro réservation», avoue cette hôtesse d’un appartement du XVIIe arrondissement de Paris. Depuis le début de la crise sanitaire, son antre, d’ordinaire si prisée, n’a vu aucune nouvelle tête. «À Paris, les Airbnb sont complètement vides.» Pour de nombreux loueurs, et elle est bien placée pour le savoir: elle est à la tête du Club AirBnB de France, un groupe d’entraide d’une centaine de personnes qui louent sur la plateforme.

«Nous, nos plus grands clients sont les touristes. Mais vu que les frontières sont fermées…, poursuit la jeune femme de 27 ans. Les gens, aujourd’hui, recherchent absolument des espaces verts, des maisons à la campagne.» Une version confirmée par Airbnb qui a publié, le 18 mai dernier, une étude sur les plus de 21 millions de recherches effectuées pour la France sur la plateforme entre le 15 avril et le 15 mai: «On voit que le littoral, les montagnes et la campagne sont les principales destinations.» 

Mais ça tombe bien… Parce que dans la «famille Airbnb» de Caroline et Madison, il y a aussi la tante. Pour Marie, propriétaire d’une maison à Saint-Just, près de Giverny (Eure), l’Ascension rime avec location. «J’attends deux personnes de Drancy ce week-end», confiait mercredi cette loueuse, qui n’avait pas encore reçu de voyageurs depuis le début de la crise sanitaire. «Pourtant, il y avait beaucoup de demandes. Mais jusqu’à maintenant, on avait dit non.» Un «non» forcé par la décision du 8 avril dernier du préfet de l’Eure d’interdire aux hébergements à vocation touristique de recevoir du public dans le département pendant le confinement. Depuis, l’interdiction a été levée, et Marie est prête: «Tout a été désinfecté à l’eau de javel, les locataires vont arriver avec un masque. On a la chance qu’il fasse beau. Je pourrai laisser la maison grande ouverte après leur départ», anticipe-t-elle déjà.

72 heures entre deux réservations 

Mayelle, propriétaire de trois Airbnb dans le centre de Trouville (Calvados), dont deux occupés pour l’Ascension, se veut rassurante. «Même si le protocole est contraignant, je faisais déjà le ménage à fond avant», affirme cette loueuse, qui a prévu une remise des clefs par un boîtier sécurisé, afin de limiter les contacts. 

Véronique, à la tête d’un gîte en Poitou-Charentes, a également respecté à la lettre les recommandations pour ses locataires de l’Ascension. Fini les poignées de main et les repas partagés, les passages à la table seront échelonnés. «J’ai également enlevé un maximum de décorations pour avoir le moins de risques et acheté du gel hydroalcoolique. Tout a été désinfecté, la literie a été lavée à 60 degrés minimum», précise-t-elle. En plus de respecter un délai de 72 heures entre deux réservations, la responsables des lieux compte faire signer une attestation sur l’honneur aux personnes qui arriveront. «Ils devront assurer que le protocole a bien été rempli, et certifier qu’ils sont en bonnes santé». Comment ? Elle ne le sait pas vraiment: «Je leur fais confiance.» En cas de fièvre ou de symptômes durant le séjour, ils devront la prévenir pour qu’elle informe la cellule de crise départementale. Et de sourire: «Je ne vais pas leur prendre la température, quand même…».