Coronavirus : pourquoi la réduction des émissions de CO2 est un trompe l’oeil

Le confinement a permis une chute historique des émissions de CO2 dans le monde. Un déclin temporaire, qui ne permet toujours pas d’atteindre les objectifs prévus dans les accords de Paris. 

Une minuscule bouffée d’air après une longue apnée. L’effet du confinement sur le climat peut se résumer ainsi. Le confinement de la moitié de l’humanité à cause de la maladie Covid19, a permis d’enregistrer des chiffres records en terme de diminution d’émissions de CO2. La revue scientifique Nature Climate Change a publié, le 19 mai, un article sur la réduction temporaire des émissions mondiales de dioxyde de carbone. La revue britannique a analysé la consommation d’énergie, l’activité humaine et les données politiques disponibles entre janvier et avril 2020.

Entre le 7 et le 30 avril, les émissions quotidiennes de CO2 ont baissé de 17% par rapport à 2019 et de 8,6% entre le 1er janvier et le 30 avril. « Les émissions quotidiennes au début avril sont comparables à celles de leur niveau de 2006 » écrit Nature Climate Change. Si cette baisse est la plus importante depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, elle n’est qu’un trompe l’oeil environnemental. 

 « Accident de parcours »

En 2019, 43 giga tonnes de CO2 ont été émises à l’échelle mondiale. Dans un rapport publié fin novembre 2019, l’ONU rappelle que l’objectif fixé par l’accord de Paris de décembre 2015 — limiter le réchauffement à moins de 2°C à l’horizon 2050 — n’est réalisable qu’avec une chute des émissions de CO2 à 25 giga tonnes à l’horizon 2030. L’institut océanographique Scripps a réalisé un graphique de l’impact du confinement sur les émissions de dioxyde de carbone. À l’oeil nu, il est impossible de dicerner l’impact du confinement sur l’ensemble des émissions de CO2 émises au niveau mondial.

Le climatologue Stéphane Labranche s’est spécialisé sur les questions d’énergie et de climat. Membre du groupe d’experts intergouvernementales sur le climat (GIEC), il ne pense pas que « la crise du coronavirus nous mènera naturellement à reconsidérer nos modes de vies. C’est un accident de parcours ».  Avec l’arrivée de plan de sauvetage pour pallier aux conséquences de la pandémie, l’expert est formel : si il n’y a pas de réelles volontés politiques, « on reviendra à nos habitudes de consommations. Il faut mettre en place des manières différentes de dépenser de l’argent, de l’investir ». Un avis partagé par le directeur exécutif de l’agence internationale de l’énergie, qui s’est exprimé dans le quotidien britannique The Guardian.

« Incertitudes » 

2020 aurait pu marquer un tournant dans l’histoire de la lutte contre le réchauffement climatique. La Chine, plus grand pays producteur de gaz à effet de serre au monde, s’est engagé en 2015 à réduire de 45% son intensité cartonne d’ici 2020. Elle avait atteint son objectif en 2018 et prévoyait des résultats encore plus ambitieux pour cette année. Mais l’épidémie de Covid19 « et les approches de relance économique peuvent apporter des incertitudes » confie, sous couvert d’anonymat à l’agence Reuters, un expert chinois affilié à la Commission nationale du développement et de la réforme. 

Le 18 mai, le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), un organisme indépendant qui étudie l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé des Chinois a publié un rapport pour alerter sur les niveaux de pollution en Chine qui dépassent ceux d’avant la crise du SRAS COV 2. Selon cet organisme, le rebond semble provenir des émissions industrielles car, dans les grandes villes, les niveaux de pollution restent inchangés par rapport à ceux durant le confinement. Dans ce contexte, il est difficile d’envisager une baisse significative des émissions de CO2, alors que l’économie mondiale entrera dans une récession sans précédent depuis le krach boursier de 1929.