Déjà militants ou convertis par la pandémie, ces écolos rêvent d’une nouvelle vie

Ils sont jeunes, et étaient déjà sensibles à l'urgence climatique. Mais la pandémie de coronavirus a agi comme un déclencheur en leur donnant envie d'agir plus concrètement.

Chloé Mourgeon pensait avoir bien planifié sa vie mais la pandémie a tout changé: «Avant, je parlais écologie avec mes amis. Maintenant je veux agir.» Après cinq années d’études, dont un master dans un Institut d’études politiques, la jeune femme s’apprêtait à travailler dans une institution culturelle. Sensible à la cause environnementale, elle participait aux marches pour le climat et signait des tribunes de temps en temps. Mais cela ne lui suffit plus: «J’ai besoin de m’impliquer dans cette cause pour de bon, de manière plus active.»

Actuellement en stage à l’Alliance française d’Hong-Kong, la future diplômée a décidé de changer de voie. L’année prochaine, elle espère suivre un master de transition écologique à l’université Paris I. La pandémie de Covid-19 a changé ses priorités et sa manière d’envisager son avenir: «Je me suis dit que si la société s’écroulait complètement et qu’on revenait à un mode de vie ancestral, je ne saurais rien faire et que je n’aurais aucun rôle. Avant, je me disais que je ferais des études puis que je travaillerais dans un musée et que je m’engagerais peut-être dans une association à côté. Mais finalement, je ne veux pas d’un engagement secondaire. Je veux être engagée, dans ma vie, d’une manière globale et transversale.»

Un choc même pour les écolos les plus convaincus 

Cette même angoisse a frappé Elisa Autric, 23 ans, activiste et étudiante en sciences politiques à l’université Paris-Dauphine: «Au début, j’ai eu très peur. Je me disais: la voilà, la crise qu’on nous avait prédite, elle nous est tombée dessus sans qu’on s’y attende.» La jeune femme s’est même étonnée d’être prise au dépourvu: «J’ai réalisé que je n’étais pas aussi prête que je  le souhaitais.» Elisa fait déjà partie de trois associations écologistes et la crise l’a renforcée dans la plupart de ses convictions: «Le retour au local, la limitation drastique du trafic aérien, la limitation de la production industrielle sont nécessaires pour tout un tas de raison. J’espère que le virus aura eu l’effet d’une douche froide et que les gens en auront pris conscience.» La suite, elle l’envisage désormais différemment. Actuellement en stage dans un bureau d’études, l’étudiante réfléchit à se lancer en politique pour poursuivre son combat.

Elisa Autric ressort de cette crise revigorée dans ses convictions.

Penser politiquement l’après-Covid, c’est ce à quoi Joakim Le Ménestrel, 22 ans, a employé son confinement. Militant écologiste depuis des années, il vient de co-fonder Résilience commune, un collectif doublé d’une plateforme participative «visant à agréger des idées pour une transition sociale et écologique». La crise a agi comme un accélérateur de son engagement: «Au début du confinement, je voyais passer des tribunes très consensuelles, tout le monde était dans l’unité nationale. Il ne se passait pas grand chose côté écologie. C’est pour ça qu’avec des amis activistes, on a réfléchi à faire de cette pandémie une opportunité politique pour changer les choses.» Son collectif rassemble des militants «de la France Insoumise à Europe Ecologie-Les Verts». Le but à terme? «Lancer un plan d’appel à une jeunesse de gauche écologiste et unie, s’enflamme-t-il. «On a réalisé l’importance de nos services publics et la nécessité d’un État stratège, capable de s’approvisionner seul en cas de problèmes.» Le jeune homme espère désormais «accélérer le calendrier» en faisant appel à «la jeunesse déjà mobilisée pour le climat». 

Depuis Hong-Kong, Chloé avait d’ailleurs vu passer cette nouvelle plateforme sur les réseaux sociaux. Et ce genre d’initiatives l’intéresse. «Avant, j’étais une écolo optimiste. Je pensais que si on s’y mettait tous de notre côté, ça suffirait. Je conseillais mes copines pour qu’elles abandonnent les cotons jetables et adoptent la cup menstruelle. Mais maintenant, je vois bien qu’il faut passer à l’action collective, globale.» 

«Sans le confinement, j’aurais sans doute eu une prise de conscience mais pas si tôt»

Contrairement à Chloé, Estelle n’était pas forcément une convaincue de la première heure. Avant la crise, elle était stagiaire dans une entreprise située à proximité des Champs-Elysées. Une fois sa journée finie, il lui arrivait fréquemment d’aller acheter des vêtements chez Zara ou Mango. Mais le confinement a radicalement transformé sa manière de consommer.

Estelle a décidé de ne plus acheter de vêtements neufs.

Confinée à Bruxelles, «pendant trois mois avec trois jours de vêtements», la jeune femme de 26 ans a réalisé que son mode de vie ne lui correspondait plus. Le confinement lui a donné «le luxe de réfléchir» à ce qui était «vraiment important» pour elle. «J’aspire à être plus respectueuse de mon environnement mais aussi des conditions de travail de celles et ceux qui travaillent dans l’industrie de la mode. Je refuse de continuer à contribuer aux dérives du capitalisme. Avant, j’étais consciente de tous ces problèmes mais mon désir de vêtements était plus important que ça.» Dorénavant, Estelle achètera ses vêtements en friperie. Et sa réflexion n’en est qu’à son commencement. «Je réfléchis aussi à l’empreinte carbone de mes achats, je veux consommer plus local. C’est une transition que j’aurais sans doute faite dans tous les cas mais peut-être pas si tôt.» 

«Je ne suis pas surpris par cette crise, ni par les prises de conscience qu’elle suscite». Pierre Gilbert est responsable de la rubrique écologie à Le Vent Se Lève, un média engagé à gauche. «Je crois que la période actuelle constitue une véritable victoire culturelle pour tous ceux qui plaidaient pour un protectionnisme économique et solidaire, une réindustrialisation verte couplée à une lutte implacable contre les énergies fossiles», se réjouit-il. Le militant se refuse cependant à crier victoire trop tôt. «On découvre que le politique peut prendre le pas sur le pouvoir économique et c’est une bonne chose, reconnaît-il. Mais je crois qu’il est dangereux de penser une décroissance calée sur ce que nous vivons actuellement et qui est une paralysie de l’activité économique douloureuse pour beaucoup de personnes.» Pour lui, il reste à penser une transition écologique globale qui constituerait en «une décroissance pour les secteurs polluants mais une croissance pour les métiers du social, comme les hôpitaux».

Une marche pour le climat, en mars 2019, à Lyon (crédits : Emilie Spertino).