Ecologie, déconnexion et apparatchiks : comment LREM a perdu sa majorité

Après le départ de sept députés, La République en Marche ne remplit plus la moitié de l’hémicycle. Les déserteurs invoquent toujours les mêmes raisons pour justifier leur décision.  

Au cœur de l’effritement, toujours la même rengaine. Mardi 19 mai, sept députés ont quitté la majorité pour fonder Ecologie, Démocratie, Solidarité, le 9ème groupe parlementaire. En tout, 26 élus ont déserté La République en marche depuis 2017. Absence supposée de social et d’écologie, manque de considération, décisions verticales… Leurs reproches dessinent, en creux, comment le parti présidentiel a perdu la main-mise sur l’Assemblée.

Pas de place pour l’aile gauche 

En tête des mécontents, l’aile sociale de LREM qui représente 17 des 26 démissionnaires. L’idée est vieille comme le macronisme : il ne pencherait pas assez à gauche. C’est Jean-Michel Clément, élu de la Vienne, qui quitte le groupe en premier en juin 2018. Il s’oppose alors au projet de loi asile et immigration défendu par Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur de l’époque. Il est ensuite suivi par le proche de Nicolas Hulot, Mathieu Orphelin, qui conclut déjà : « Il est impossible pour moi de ne pas mesurer l’écart qui reste à combler pour être à la hauteur des enjeux climatiques, écologiques et sociaux ». 

Ecologie, Démocratie, Solidarité, le groupe rejoint par les 7 derniers frondeurs, rassemble toute l’aile gauche déçue du macronisme. Il compte, entre autres, Cédric Villani, Emilie Cariou ou encore Aurélien Taché. Au lancement du groupe, celui-ci rappelait sa déception : « L’idée est de chercher à l’assemblée des majorités sur les questions d’écologie, de démocratie et de solidarité. Cela n’était plus possible au sein de LREM ».

Un groupe dirigé par des « apparatchiks »

Qu’un vote concerne les lois sur l’immigration ou les retraites, LREM ne tolère aucun écart. « Abstention, péché véniel. Vote contre, péché mortel », prévenait, dès avril 2018, Richard Ferrand, alors président du groupe. La verticalité du pouvoir est l’un des sujets de discorde évoqués par certains députés LREM.

En cas de vote allant à l’encontre de la ligne du parti, la sanction est immédiate. Sébastien Nadot vote contre le budget 2019 : exclu. Martine Wonner s’oppose à la stratégie de déconfinement présentée par le Premier ministre Edouard Philippe : exclue.

Cet autoritarisme n’est pas du goût de tous les députés. L’élue de Loire-Atlantique Sandrine Josso a quitté le groupe en juin 2019, invoquant notamment « la liberté de vote qui fait défaut ». Plus remontée, Annie Chapelier, la députée du Gard, dénonce en janvier 2020 un groupe composé « d’un côté, d’apparatchiks, petits chefs plus ou moins autoproclamés et, de l’autre, d’une masse, insignifiante à leurs yeux à qui on demande une allégeance et une obéissance aveugles. »

Un groupe trop coupé du local

Composante récurrente du discours des marcheurs dissidents, le groupe ne serait pas suffisamment en phase avec les territoires. « C’est un mouvement hors-sol, indifférent aux territoires », regrette Annie Chapelier.

Parmi les démissionnaires LREM, on compte plusieurs membres fondateurs du groupe à l’Assemblée nationale Libertés et Territoires, qui met les régions au coeur de son programme politique. Le député breton Paul Molac, par exemple, quitte le groupe en octobre 2018 en regrettant une « sensibilité, régionaliste, pas représentée alors que beaucoup constatent que le problème de la France est son hyper-centralisation ». Il est suivi par François-Michel Lambert et quatre autres députés LREM.

En trois ans, La République en Marche a perdu la majorité de son groupe à l’Assemblée nationale, mais elle reste loin devant l’opposition. Elle peut toujours compter sur les voix des élus Modem et UDI. D’ailleurs, même chez les frondeurs, de nombreux députés restent apparentés au groupe LREM ou membres du parti. Par exemple, la député Emilie Cariou a rappelé, à la création du groupe Ecologie, Démocratie, Solidarité, ce 19 mai : « Je n’ai pas décidé de quitter le mouvement LREM. C’est plus une retrouvaille avec les valeurs initiales de 2017 ». Le programme d’Emmanuel Macron se voulait alors rassembleur, moderne dans sa gestion et fondé sur les remontées de terrain.