Malik Salemkour (LDH) : «Le gouvernement a fait le choix de l’autoritarisme»

Le président de la Ligue des droits de l'homme, qui a multiplié les recours contre les mesures d'urgence gouvernementales ou municipales depuis le début du confinement, regrette l'absence de dialogue avec l'exécutif.

La Ligue des droits de l’homme (LDH) a remporté son combat contre l’utilisation de drones pour contrôler le déconfinement à Paris, suspendue le 18 mai par le Conseil d’État. L’association multiplie les recours depuis le début de la crise sanitaire, contre les décisions du gouvernement mais aussi celle d’élus locaux, du port du masque obligatoire au couvre-feu. Pour son président, Malik Salemkour, «le gouvernement a fait le choix de l’autoritarisme».

Dans le cadre d’une procédure intentée par la LDH, le Conseil d’État a suspendu lundi l’utilisation des drones pour contrôler le déconfinement à Paris. Satisfait ?

C’est évidemment une décision satisfaisante mais nous aurions préféré nous en passer. On condamne et on regrette très fortement l’usage de ces nouvelles technologies pour surveiller l’espace public. Celui-ci devient un espace où il faudrait prouver son innocence, et non plus un espace de liberté.

Cette période de crise sanitaire a poussé la LDH à multiplier les recours… 

Nous sommes très actifs car il y a des droits absolus, fondamentaux, qu’il faut défendre. La liberté de circulation, le droit au logement mais aussi l’accès aux soins. Dans cette crise, tout le monde n’a pas accès à une protection sanitaire digne. Les sans domicile fixe ne sont pas protégés. Dans les prisons ou les foyers de migrants, les mesures ne sont pas non plus prises pour permettre aux détenus et aux résidents d’être protégés comme les autres. Nous combattons cela.

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Êtes-vous inquiet de la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 juillet?

Évidemment. C’est la troisième fois qu’un gouvernement français utilise cette mesure d’exception [après les émeutes urbaines de novembre 2005 et les attentats terroristes de novembre 2015, ndlr] qui met entre parenthèses les institutions et la justice. C’est devenu une norme. À chaque fois, l’exécutif revient sur des droits. Il y a une amplification du pouvoir d’une autorité et un affaiblissement des contre-pouvoirs. Le gouvernement ne discute pas mais impose.

Mais la situation redeviendra à la normale à la fin de l’état d’urgence.

Il n’y aura pas de retour à la normale. Prenons l’exemple de la justice, qui n’a pas pu fonctionner pendant le confinement. Aujourd’hui, il y a un nombre de dossiers énorme mais pas davantage de moyens pour les traiter. On va multiplier les procédures rapides sans délai d’instruction suffisant. On abat donc les mesures de protection des plus faibles. Ce sont nos libertés individuelles qui sont menacées.

Notre démocratie va-t-elle sortir affaiblie de cette crise?

Le gouvernement a fait le choix de l’autoritarisme. De décider seul. D’autres pays européens ont maintenu le fonctionnement du parlement, des instances consultatives. L’exécutif, lui, a choisi des mesures d’obligation et surtout des sanctions en cas de non respect de ces obligations. On ne responsabilise pas les gens. Le gouvernement ne joue qu’avec la menace.

Avez-vous réussi à nouer un dialogue avec le gouvernement?

Avant la période de confinement, nous essayions de discuter avec certains ministères mais depuis le confinement, nous n’avons plus aucun dialogue avec le gouvernement. Je le regrette. Il aurait pourtant été sage d’inclure, par exemple, des représentants de la société civile dans le conseil scientifique, qui guide le gouvernement dans ses décisions.

Photo : Jan Robert Suesser.