Au Brésil, les morts du coronavirus sont moins âgés que dans les autres pays

Au Brésil, 31% des personnes décédées du Covid-19 avaient moins de 60 ans alors que cette tranche d’âge ne représente que 5% à 10% des décès dans d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie ou la France.

Au Brésil, le coronavirus n’épargne pas les populations les moins âgées, bien au contraire. Dans ce pays de 210 millions d’habitants qui déplore officiellement 20.047 décès à ce jour, la proportion de jeunes adultes morts du Covid-19 est plus élevée que dans la plupart des autres pays, notamment chez les plus pauvres. Selon les derniers bilans officiels publiés jeudi 21 mai, 31% des personnes décédées du virus avaient moins de 60 ans, contre seulement 5 à 10% en Espagne, en Italie ou en France.

Cette différence s’explique d’abord par la pyramide des âges: seulement 13,6% des Brésiliens ont plus de 60 ans, contre 25% de la population en Espagne, 27% en France et 28% en Italie. Mais d’autres facteurs entrent en ligne de compte. «Comme notre population est plus jeune, c’est normal que le pourcentage de morts soit plus élevé chez les moins de 60 ans. Mais c’est aussi dû au fait que ces jeunes adultes respectent moins les mesures de confinement», explique Mauricio Sanchez, épidémiologiste de l’université de Brasilia interrogé par l’AFP.

Le taux de confinement, mesuré à partir du signal des téléphones mobiles, est en baisse constante depuis un mois, alors que le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, un «coronasceptique», ne cesse de remettre en cause les mesures restrictives prises par les gouverneurs des États. Début avril, la part des morts de moins de 60 ans dans le bilan total n’était encore que de 19%.

Des chiffres largement sous-estimés?

Alors que le pays a franchi la barre des 1.000 morts quotidiens depuis mardi et que la courbe s’accélère, les chiffres officiels de cas confirmés communiqués par le ministère de la Santé sont largement sous-estimés selon les spécialistes, qui pensent qu’ils sont au moins quinze fois inférieurs à la réalité. Selon les estimations du collectif de chercheurs Covid-19 Brasil, le pays compterait plus de 3,6 millions de personnes infectées, contre quelque 310.000 selon le dernier bilan officiel. D’après ses projections, les deux tranches d’âge les plus contaminées seraient les 20–29 ans et les 30–39 ans, avec plus de 580.000 cas chacune, soit deux fois plus que les 60–69 ans.

«La plupart de ceux qui ne respectent pas le confinement sortent de chez eux parce qu’ils n’ont pas le choix», affirme Mauricio Sanchez. Une allusion aux millions de travailleurs pauvres dont les revenus dépendent exclusivement du secteur informel, comme les vendeurs ambulants. Les jeunes adultes pauvres encourent aussi plus de risques d’être gravement atteints par la maladie d’après Julio Croda, infectiologue de l’Université de Mato Grosso du Sud. «Beaucoup d’entre eux n’ont pas accès à une alimentation saine et présentent des comorbidités importantes, comme l’obésité, l’hypertension ou le diabète», a‑t-il expliqué à l’AFP. «Cela bat en brèche le discours de ceux qui prônent l’isolement vertical, qui consiste à ne confiner que les personnes âgées», ajoute cet ancien haut fonctionnaire du ministère de la Santé, qui a démissionné fin mars pour désaccord avec la politique suivie. C’est pourtant une des solutions évoquées par le président Bolsonaro pour défendre la reprise des activités économiques.