Dans les EHPAD, le bilan incertain des décès dus au Covid-19

Des incertitudes planent sur le nombre réel de décès dus à la pandémie dans les établissements pour personnes âgées après une révision à la baisse du bilan par la Direction générale de la santé.

Plus de 300 décès comptabilisés en trop. Telle est l’annonce de la Direction générale de la Santé (DGS), qui a admis dans un communiqué, mardi 19 mai, avoir surévalué le nombre total de morts dans les EHPAD et les établissements médicosociaux. Les données publiées sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé indiquaient mardi un total de 10.308 décès dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées et dépendantes depuis le 1er mars, contre 10.650 la veille. Un chiffre depuis passé à 10.345 décès, selon le dernier bilan publié jeudi.

La raison de cette «erreur de décompte» selon la DGS: des «ajustements dans la remontée des données en provenance des Agences régionales de santé». Un énième couac qui fait écho au cafouillage de l’Insee sur le nombre de morts à domicile. Lors de son point presse du 19 mai, Jérôme Salomon n’a d’ailleurs pas donné le chiffre total des décès mais s’est contenté de celui des hospitalisations et des réanimations.

Interrogées à ce sujet, ni la Direction générale de la Santé, ni Santé Publique France, ni l’Agence Régionale de Santé en Ile-de-France (ARS IDF) n’ont souhaité nous répondre. Un silence pesant de la part des autorités sanitaires chargées de la surveillance épidémiologique et du recensement des décès dus au Covid-19. Ces «ajustements» dans les chiffres posent la question de la fiabilité des services de santé régionaux dans la comptabilisation des décès dans les établissements d’accueil pour personnes âgées. 

«Des doublons dans l’envoi de dossiers»

A deux pas de la cathédrale de Strasbourg, l’EHPAD Abrapa Saint Arbogast accueille 82 résidents. Sa directrice, Micheline Keiling, raille la reculade de son ministère de tutelle sur le bilan total: «Ça ne m’étonne pas que le chiffre des décès en EHPAD soit revu à la baisse.» Dans son établissement, sept résidents sont décédés depuis début mars à cause de la pandémie de coronavirus: «On a vu les symptômes, les difficultés à respirer, les toux qui empêchent de manger et les fièvres élevées… Mais on a dû faire des tests pour être sûrs, explique l’ancienne infirmière. Nos résidents sont âgés et fragiles. Ils souffrent souvent de plusieurs pathologies chroniques liées à l’âge. Je comprends qu’il est parfois difficile de distinguer une pneumonie ou une grippe sévère du coronavirus.»

Depuis le début de la pandémie, la directrice de l’établissement s’attache à vérifier scrupuleusement les informations qu’elle transmet à l’ARS Grand-Est: «Avec Alexandre Furderer, le médecin coordonnateur du centre, on parle par téléphone chaque soir des cas, des analyses médicales, etc. On vérifie tout deux fois, et parfois ça nous prend une heure au téléphone. Mais comme ça, on n’a pas d’erreurs dans nos décomptes 

D’autres établissements, estiment-elles, sont moins pointilleux que le sien: «Je sais que certains collègues, à la tête d’autres centres, ont eu des problèmes dans la remontée des données. J’ai entendu parler de doublons dans l’envoi de dossiers. Certains morts sont parois comptés deux fois quand il y a des soucis de communication entre les ARS et nos établissements», détaille la directrice de l’EHPAD. «C’est l’administration aussi, il y a toujours des couacs dans les échanges», souligne-t-elle, un brin fataliste.