Les associations font face à un «effet tsunami»

La pandémie a concentré la générosité des donateurs sur certains secteurs et a provoqué l'annulation de manifestations, ce qui inquiète plusieurs associations. 

«Ca rappelle l’effet tsunami d’il y a quelques années», constate Florence Thune, directrice générale de l’association Sidaction. «L’effet tsunami», c’est à dire quand un événement majeur concentre les dons, comme après le tsunami de 2004 en Asie: «On a vu de manière réaliste que, sans surprise et c’est bien sûr normal, toutes les causes allaient passer derrière le Covid.» Depuis le début de la crise sanitaire, les appels aux dons ont fleuri dans une multitude de secteurs et en particulier, pour les hôpitaux, les soignants et la recherche médicale. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a par exemple récolté 41 millions d’euros de dons destinés au personnel soignants et à la recherche. Une somme colossale amassée à moitié grâce à la création d’un «fonds d’urgence Covid-19», l’autre moitié venant d’un chèque de vingt millions d’euros signé Hermès.

Effondrement des dons et collectes difficiles

Si l’AP-HP a salué un «formidable élan de générosité», certaines associations, dont le champ d’action n’est pas directement lié au virus, craignent de pâtir de cette concentration des dons. La Ligue contre le cancer, ainsi, a tiré la sonnette d’alarme. «Les dons ne baissent pas, ils s’effondrent. […] Au total, nous avons perdu au moins 10 millions d’euros», alertait Axel Kahn, le président de l’organisation caritative, dans un entretien accordé au JDD le 16 mai.

À ce changement de direction de la générosité des donateurs s’ajoute la difficulté –voire l’impossibilité– d’effectuer les campagnes de collecte habituelles, du démarchage dans la rue ou des animations en extérieur. Le Sidaction a par exemple tiré un trait sur l’événement annuel du même nom, censé se tenir début avril. Sa plus grande collecte de l’année a été annulée «solidairement»: «Toute notre énergie doit être concentrée pour gagner la bataille contre cet autre virus, qui met également en danger la vie des personnes vivant avec le VIH», a estimé l’association dans un communiqué.

[Communiqué] ⚠En raison du contexte sanitaire auquel font actuellement face les Français, le Professeur Françoise…

Publiée par Sidaction sur Mercredi 18 mars 2020

«Nous allons mettre en place d’autres formes de collectes, explique Florence Thune, mais même si elles ont du succès, on ne rattrapera pas les 4 millions d’euros de promesses de dons qu’on récupère habituellement lors de ce week-endSi l’association dit pouvoir s’appuyer sur un «vivier de donateurs fidèles» pour continuer à assurer le financement des chercheurs qu’elle soutient, elle reste préoccupée par l’avenir. «Il est difficile d’estimer ce que la crise va déclencher sur un plan social, indique la directrice adjointe de Sidaction. On va commencer à constater avec le déconfinement des dégâts de cette période. Notamment des gens qui n’ont pas pu aller chercher leur traitement pendant le confinement.» 

Une inquiétude partagée par le Planning familial, qui s’interroge également sur le maintien des subventions alors que l’association les a déjà vu baisser dans plusieurs départements pendant l’été 2019: «La plupart des centres d’accueil étaient fermés, nous n’avons pas pu mener certaines actions. Mais on va pouvoir justifier d’avoir continué à donner des informations, via notamment notre numéro vert.»

«Il faut espérer que le soufflé ne retombe pas»

Mais toutes les associations n’accusent pas le coup. Les Petits Frères des Pauvres, qui luttent contre l’isolement des personnes âgées, ont eux bénéficié d’un élan de générosité. «On a constaté un engouement des propositions de bénévolat et une immense solidarité des donateurs et des entreprises, détaille Isabelle Sénécal, responsable du pôle plaidoyer de l’association. La crise a montré que les conditions de vie des personnes âgées ne sont pas optimales et que l’isolement est un fléau de notre monde moderne.» Reste à voir si cette prise de conscience va durer. «Même les familles les plus soudées ont compris ce qu’était l’isolement. Maintenant il faut espérer que le soufflé ne retombe pas.»