Les musulmans de France vivront leur Aïd déconfiné, mais pas à la mosquée

Si le Conseil d'Etat a ordonné la levée de l'interdiction des cérémonies religieuses, la grande fête de rupture du jeûne ne donnera pas lieu à des cérémonies.

«Dans l’histoire, c’est du jamais vu», constate Aissa Righioui, imam à la Grande mosquée de Lyon. Face à la pandémie de coronavirus et la crainte d’une seconde vague de contamination, le gouvernement avait indiqué ne pas souhaiter la réouverture des lieux de culte avant la fin de l’été. Lundi 18 mai, le Conseil d’Etat a ordonné au gouvernement de lever son interdiction sous huit jours, estimant qu’elle portait «une atteinte grave et manifestement illégale» à la liberté de culte. Malgré cette injonction, le jour de l’Aïd el-Fitr, «il n’y aura pas de fidèles à la mosquée» par principe de précaution, regrette Aissa Righioui.

Avec la profession de foi, la prière, l’aumône et le pélerinage à la Mecque, le jeûne du ramadan est l’un des cinq piliers de l’Islam. L’Aïd el-Fitr, qui marque sa fin et dont la date officielle (samedi 23 ou dimanche 24 mai) sera connue dans les prochaines heures, constitue «un moment de grande célébration où amis et famille se réunissent», commente Acemnur Demirhan, une jeune musulmane de 24 ans du Loiret. Mais un moment qui, cette année, aura donc «une saveur particulière», résume Fouad Douai, gérant de la société civile immobilière de la Grande mosquée de Strasbourg.

«Les fidèles pourront suivre le prêche de l’Aïd de chez eux, sur le Facebook de la Grande mosquée», indique Aissa Righioui. Pour Fouad Douai, dans un contexte de pandémie, il est logique que les prières collectives importantes soient supprimées: «Elles sont un facteur de propagation». Des prières d’autant plus complexes à organiser que «le jour de l’Aïd, c’est rempli, blindé», complète Aissa Righioui. «En plus, les mosquées ne sont pas forcément en capacité de recevoir autant de monde.»

«Cette année, on ne peut pas se toucher»

Pour ce qui est des réunions familiales, selon Agathe Hamdaï, une étudiante nantaise en droit de 25 ans, «il n y aura pas de difficulté majeure si ce n’est les embrassades». Le jour de l’Aïd, «on se fait des câlins, on s’embrasse, on se dit Aïd Mabrouk. Cette année, on ne peut pas se toucher», explique la jeune femme. Habituellement, Acemnur Demirhan fête l’Aïd autour d’un brunch avec famille et amis. Mais cette année, «on est contraint de penser aux nombres d’invités pour ne pas dépasser dix personnes».

«L’échange des gâteaux à la mosquée vous nous manquer», confie Ryanne Ism, une jeune étudiante parisienne en master Etudes du développement. Pour autant, «ça n’a pas empêché ma mère de commencer à préparer des gâteaux et de faire le ménage de fond en comble», s’amuse Acemnur. «On sait que ça va être un Aïd différent, mais on va quand même essayer de faire vivre les traditions.»