Le mouvement Black Lives Matter s’oppose aussi à Bolsonaro

Au Brésil, le 7 juin, des manifestations contre le président Jair Bolsonaro se sont appropriées le mouvement Black Lives Matter, traduit “As Vidas Negras Importam”, pour exprimer leurs revendications contre les violences policières. Des rassemblements en soutien au chef de l’Etat et contre les restrictions liées au Covid-19 ont eu lieu en parallèle dans toutes les grandes villes.

Le Brésil, souvent considéré comme le pays le plus métissé au monde, est aussi marqué par de fortes inégalités socio-économiques, une ségrégation ethnique, notamment dans les favelas, et une police violente. En 2016, l’Annuaire du Forum Brésilien de Sécurité Publique dévoilait que la Police Fédérale tuait trois fois plus de Noirs que de Blancs. A Rio, neuf personnes sur dix tuées par la Police sont noires, selon la Loi d’Accès à l’Information de 2017.

A Rio de Janeiro, Marielle Franco et autres emblèmes des violences policières sur les noirs

Deux manifestants performers s’embrassent Avenue du Président Vargas, Rio de Janeiro, 7 juin 2020. (AP Photo/Silvia Izquierdo)

 

Sur la fameuse Avenue du Président Vargas, une grande marche “Vidas Negras Importam”, traduction littérale du mouvement nord-américain, a rassemblé de nombreux participants malgré les restrictions sanitaires mises en place par le gouverneur pour lutter contre le nouveau coronavirus.

Les chants antiracistes et antifascistes ont célébré la mémoire de Marielle Franco, femme politique du PT, noire, homosexuelle, et représentante des quartiers périphériques, assassinée en mars 2018 avec des balles identifiées comme appartenant à la Police Fédérale de Brasilia. João Pedro, un adolescent tué par balles policières le 17 mai à São Gonçalo et une jeune fille, Agatha Félix, morte dans des circonstances similaires dans la favela Complexo do Alemão en septembre dernier, sont deux autres figures emblématiques des violences policières contre les Noirs brésiliens.

Au même moment, plus au sud, la plage de Copacabana — dans la zone la plus riche de Rio — a, elle, à nouveau été choisie par les militants pro-Bolsonaro, habillés en vert et jaune, et exhibant le drapeau brésilien, dans le cadre d’une manifestation de soutien au président, intitulée Marche de la Famille pour Bolsonaro avec Dieu.

Des manifestants pro Bolsonaro brandissent le drapeau brésilien sur la plage de Copa Cabana à Rio de Janeiro, 7 juin 2020. (AP Photo/Leo Correa)

 

A Manaus, “Les Vies Noires et Indigènes Comptent”

La déclinaison brésilienne du mouvement Black Lives Matter a aussi eu du succès dans la région amazonienne, au nord-ouest du Brésil. A Manaus, grande ville de la région, des banderoles ont été déroulées par les manifestants, clamant notamment “Vidas Negras e Indigenas Importam” (Les Vies Noires et Indigènes Comptent).

Selon le site internet acritica.com, ces slogans dénoncent les fraudes du système de quotas, mis en place par le Parti des Travailleurs, pour favoriser l’accès à l’université pour les Noirs et les indigènes. Des étudiants se seraient faits passer pour noir ou indien afin de rentrer plus facilement à l’Universidade Federal do Amazonas. Ces banderoles font aussi référence aux communautés indiennes dont les terres sont spoliées, parfois manu militari, par des grands propriétaires terriens et avec la bénédiction du gouvernement Bolsonaro.

Brasilia, l’Esplanade des Ministères coupée en deux

Dans la capitale brésilienne à l’architecture futuriste, les cortèges des partisans et des détracteurs du président d’extrême droite se sont retrouvés sur la même avenue. Les opposants à Bolsonaro se sont rassemblés devant le ministère de la Justice pour crier contre le fascisme et le racisme. Séparés par la Police Militaire du District Fédéral, les pro Bolsonaro, eux, scandaient leur soutien au président et dénonçaient les mesures de sécurité sanitaire dues au Covid-19, à proximité du ministère des Relations Internationales. Le pays compte au moins 35 900 morts (pour 210 millions d’habitants), un chiffre vraisemblablement sous-évalué. Le port du masque a été rendu obligatoire par le gouverneur de Brasilia.

A São Paolo, l’Avenue Paulista était celle de Bolsonaro

L’avenue la plus emblématique de São Paolo devait être partagée entre les différents groupes de manifestants, mais les affrontements de la fin de semaine dernière, avec intervention de la police et utilisation de gaz lacrymogène, ont finalement décidé les autorités locales à séparer les rassemblements. Avenue Faria Lima, le mouvement “Démocratie — antifasciste et antiraciste”, des opposants à Bolsonaro, a repris des slogans et des pancartes en hommage à Georges Floyd et au mouvement Black Lives Matter. Selon l’AFP, de nombreux manifestants ont défilé portant des masques et des vêtements noirs. Sur la célèbre Avenue Paulista, les bolsonaristes ont, quant à eux, manifesté devant la Fédération des Industries de l’Etat de São Paulo.