Black Lives Matter : les artistes s’engagent en musique

Depuis la mort de George Floyd le 25 mai dernier, la lutte contre les violences policières se fait aussi en musique. Ces derniers jours, plusieurs artistes afro-américains ont sorti des chansons dénonçant les violences policières et le racisme ambiant aux Etats-Unis. 

Dans le milieu du hip-hop à Houston, il était aussi connu sous le nom de “Big Floyd”. George Floyd, mort lors de son arrestation à Minneapolis le 25 mai par un policier blanc, a aussi eu une carrière dans le rap dans les années 1990. En témoigne le freestyle Sittin On Top Of The World avec DJ Screw, AD et Chris Ward, dont les extraits se multiplient sur Youtube depuis sa mort.

La musique occupe une place importante dans les manifestations #BlackLivesMatter, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde. Ces dernières semaines, plusieurs artistes de hip-hop ont sorti des chansons dénonçant les violences policières et le racisme dont est victime la communauté afro-américaine aux Etats-Unis.

De “Fuck Tha Police” (1988) à “FTP” (2020)

Dès le 30 mai, l’artiste d’origine Soudanaise Dua Saleh a réagi avec la chanson Body Cast. La pochette est une longue liste de noms : ceux de toutes les personnes noires désarmées tuées par la police ces dernières années. Outre George Floyd est ainsi citée Breonna Taylor, infirmière tuée à son domicile lors d’une opération de police en mars 2020. La même litanie de noms se retrouve également à la fin du clip de Pig Feet de Terrace Martin et Denzel Curry, sorti le 1er juin (“Pig” est un terme péjoratif pour désigner les policiers). En silence, la vidéo égrène pendant plus d’1 minute 30 les noms de personnes noires tuées par la police.

Le 2 juin, c’est au tour du rappeur YG de sortir FTP — référence évidente à Fuck Tha Police de N.W.A., sorti en 1988. FTP est une chanson militante (“Protect and serve mean duck and swerve / Police pulled me over, I don’t stop, I’m scared” — “Protéger et servir signifie se baisser et s’écarter / La police me fait signe de m’arrêter, je ne stoppe pas, j’ai peur”) que le rappeur a notamment chanté lors d’une manifestation Black Lives Matter à Los Angeles, le 8 juin. Ce n’est pas la première fois qu’YG aborde le sujet des violences policières et du racisme. En 2016, il s’était fait remarquer avec Police Get Away With Murder et FDT (Fuck Donald Trump), en duo avec Nipsey Hussle.

La liste est loin d’être exhaustive. Le rappeur Dax a sorti le 8 juin une chanson au titre explicite, Black Lives Matter, qui s’ouvre sur ces paroles : “I can’t breathe” (les derniers mots de George Floyd). Ce n’est pas la première fois que ces mots sont utilisés. En 2017, le groupe Soul Science Lab sortait I Can’t Breathe, en référence à la mort d’Eric Garner, mort en 2014 de la même manière que George Floyd.

Tout aussi explicite, 2020 Riots: How Many Times, de Trey Songz, au refrain lancinant (“How many mothers have to cry? / How many brothers gotta die? / How many more times?” — “Combien de mères doivent pleurer ? Combien de frères doivent mourir ? Encore combien de fois ?”). Citons également le duo Run The Jewels avec Walking in the snow, Meek Mill dont Otherside of America cumule plus de 2,5 millions de vues sur Youtube et They Don’t de Nasty C et T.I.

L’engagement musical au cœur de #BlackLivesMatter

La production de chansons engagées par des artistes engagées dans la lutte contre les violences policières et le racisme n’est pas nouvelle. En 2015, Kendrick Lamar avait sorti la chanson Alright, régulièrement reprise dans les manifestations Black Lives Matter. Au-delà du message optimiste (“We gon’be alright” — “ça va bien se passer”), la critique des violences policières est bien présente (“And we hate po-po / Wanna kill us dead in the street fo sho’ ” — “Et nous détestons les flics / Ils veulent nous tuer dans les rues pour de vrai”). Cette dimension a été encore renforcée dans sa performance aux BET Awards de 2015, où il avait chanté Alright debout sur le toit d’une voiture de police.

La même image se retrouve dans le clip de Formation, de Beyoncé. Celui-ci commence par l’image de la chanteuse debout sur une voiture de police abandonnée dans un paysage inondé — une référence à l’ouragan Katrina qui a causé une majorité de victimes afro-américaines. Beyoncé a dévoilé cette chanson lors de la mi-temps du Superbowl 2016, dans une performance militante où ses danseuses et elles se sont affichées dans des tenues reprenant l’esthétique des Blacks Panthers.

Plus récemment, en 2018, Childish Gambino avait créé l’événement avec This Is America, dont le clip à l’esthétique ultra-soignée dévoile un univers de violence permanente. En fond, des voitures de police sont toujours présentes.

Mais nous pourrions aussi remonter plus loin de temps, avant l’émergence du mouvement #Black Lives Matter. Le groupe Rage Against the Machine évoquait l’affaire Rodney King (cet Afro-américain avait été passé à tabac par des policiers après une course-poursuite en 1991. Leur acquittement en 1992 avait provoqué des émeutes à Los Angeles) dans Killing in the Name, en 1993. Le groupe Body Count a également longuement dénoncé les violences policières et le racisme, que ce soit dans Copkiller en 1991, Black Hoodie en 2016 ou No Lives Matter en 2017.

Au-delà de l’engagement musical, l’engagement financier

L’engagement de ces artistes n’est pas seulement musical. Sur toutes les plateformes à leur disposition — Twitter, Instagram, Youtube ou encore en manifestation — ceux-ci ont appelé à soutenir le mouvement Black Lives Matter et les associations défendant les personnes noires incarcérées.

Sur Twitter, Dua Saleh annonce ainsi que tous les bénéfices reçus pour sa chanson Body Cast seront reversés à l’association Black Visions, une organisation qui lutte contre la violence et le racisme : “Black Visions est honnête et mobilise ses efforts pour un changement réel. S’il vous plait, donnez plus que le montant suggéré si vous pouvez”.

Certains ont pioché dans leur fortune. Kanye West a donné 2 millions de dollars à des associations en mémoire de George Floyd, Ahmaud Arbery et Breonna Taylor. Le chanteur The Weeknd, de son vrai nom Abel Makkonen Tesfaye, a donné 500.000$ à plusieurs organisations, dont Black Lives Matter et National Bail Out (une organisation prenant en charge la caution des personnes noires emprisonnées qui a également reçu 100.000$ de Drake).