Qui est Maria Kolesnikova, l’opposante bélarusse qui a disparu lundi à Minsk ?

L'une des trois figures du mouvement anti-Loukachenko a été arrêtée mardi 8 septembre à la frontière de l'Ukraine. Lundi, elle avait été emmenée de force par des hommes encagoulés.

L’étau se resserre sur le trio féminin qui s’oppose au président bélarusse, Alexandre Loukachenko. Près d’un mois après le très contesté scrutin présidentiel du 9 août, la dernière des trois opposantes, seule encore présente à Minsk, a été arrêtée par les autorités bélarusse. Son sort demeure ce mardi encore incertain. “Kolesnikova est actuellement détenue”, a affirmé dans la journée le porte-parole des gardes-frontières Anton Bytchkovski à l’AFP. Maria Kolesnikova, 38 ans, a été selon ses proches “enlevée” lundi 7 septembre dans le centre ville de Minsk par des hommes encagoulés. Contrairement à deux autres opposants un temps portés disparus, elle n’aurait pas quitté le territoire national : “Elle aurait déchiré son passeport pour ne pas être obligée de passer la frontière”, rapporte Alexandra Goujon, maîtresse de conférence en science politique à l’université de Bourgogne et spécialiste de la Bélarussie. “Je suis heureux que Masha ait déjoué tous les plans rusés (…) Je ne sais pas ce qui s’est passé,  mais je crois volontiers qu’elle a déchiré son passeport ou a sauté de la voiture…”, a aussi écrit l’avocat bélarusse Maxime Zna, sur Facebook

Ancienne directrice de campagne de l’opposant Viktor Babryko 

Avant de devenir l’une des figures du mouvement de révolte bélarusse, Maria Kolesnikova était engagée dans la culture. “Elle est rentrée en politique récemment. Elle est plutôt connue à l’origine pour être dans le monde culturel”, explique Alexandra Goujon. “C’est une musicienne qui a longtemps vécu en Allemagne, et est revenue en Biélorussie en 2009”. 

L’activiste rencontre peu après Viktor Babariko, devenu en 2020 l’un des opposants à Loukachenko, président aux allures de dictateur, en poste depuis 26 ans. “C’est dans le cadre d’un projet culturel qu’elle a rencontré Vickor Babariko, qui était directeur d’une banque et mécène”, explique l’enseignante. Maria Kolesnikova devient la directrice de campagne de l’homme d’affaire de 56 ans quand il s’engage en politique. “Elle est alors propulsée sur le devant de la scène”. Vickor Babariko est vu comme l’opposant le plus populaire et le plus menaçant aux yeux du président. Il est arrêté en juin, accusé de plusieurs malversations dont des fraudes et du blanchiment d’argent. Sa candidature est rejetée mi-juillet par la commission électorale bélarusse. “Lui et son fils sont d’ailleurs toujours en prison”, rappelle Alexandra Goujon.

Associée à Svetlana Tikhanovskaïa 

Viktor Babariko sous les barreaux, Maria Kolesnikova se rapproche de Svetlana Tikhanovskaïa, qui se porte candidate à la dernière minute, après l’incarcération de son mari, célèbre blogueur, également candidat à la présidentielle. La candidate est également rejointe par Veronika Tsepkalo, épouse d’un troisième détracteur du régime, exilé lui en Russie. Ensemble, elles vont fusionner leurs forces et sillonner la Biélorussie à la rencontre de la population. La candidature de Svetlana Tikhanovskaïa est acceptée par la commission électorale. Près d’un mois après le scrutin, le trio, qui a été forcé à se séparer physiquement, continue ses prises de parole communes, via les réseaux sociaux. 

Dernière exilée du trio

À l’issue du scrutin jugé fraduleux, de nombreuses figures de l’opposition dont Svetlana Tikhanovskaïa et Veronika Tsepkalo sont forcées à l’exil. La première se réfugie en Lituanie auprès de ses enfants, tandis que la seconde rejoint la Pologne. Maria Kolesnikova reste la seule membre du trio à Minsk. Connue pour son signe des mains en forme de coeur, elle se mêle aux gigantesques manifestations qui secouent le pays slave depuis le 9 août, demandant la démission du président Loukachenko. 

“C’est une figure importante. D’autant plus que tous les samedis et souvent le soir, il y a des marches de femmes”, note la maitresse de conférence Alexandra Goujon. “On a une forme de mimétisme entre la population et ce trio féminin, et Maria Kolesnikova est à la seule à pouvoir se rendre sur place. Forcément, à chaque fois qu’elle se déplace en manifestation, il y a une sorte d’engouement. Les personnes veulent se prendre en photo avec elle.” C’est en refusant lundi un “exil forcé” comme celui de ses comparses, que Maria Kolesnikova aurait été arrêtée une nouvelle fois, avance la politiste. Les médias officiels bélarusse affirment, pour leur part, que l’opposante aurait été arrêtée après une tentative de fuite. Le lieu de sa détention reste inconnu. 

Cette détention survint alors que Loukachenko durcit le ton envers les opposants. ““Du 9 au 12 août, il y a eu une grande répression. Ensuite, elle s’était un peu amoindrie. Mais là, le pouvoir a fait savoir qu’il serait beaucoup moins clément à partir de début septembre”, analyse Alexandra Goujon. Dimanche,  plus de 100 000 personnes manifestaient contre le régime actuel dans les rues de Minsk. Plus de 600 d’entre elles ont été interpellées par les autorités à cette occasion. Le “kidnapping” de Maria Kolesnikova et sa détention “ont été considérés comme le retour de la méthode de la force”, observe l’universitaire. “Il y a eu des disparitions politiques en Biélorussie à la fin des années 90. Cela a donc rappelé un certain nombre de méthodes très violentes du pouvoir. ”