Tests rapides “antigéniques” : les réponses aux quatre questions que vous vous posez

100 000 tests antigéniques ont été reçus par l'AP-HP en début de semaine. Moins long pour le patient et moins contraignant en logistique pour le biologiste, ce test ne pourra pourtant pas répondre à la demande massive de tests. Explications.

Savoir en 15 minutes si l’on est positif au coronavirus, contre plusieurs jours aujourd’hui. Ce sera possible à partir de mercredi, dans un premier temps dans les hôpitaux de l’AP-HP (Assistance Publique — Hôpitaux de Paris). Alors que la France assure un million de tests de dépistage contre le coronavirus par semaine, le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé ce mardi matin le lancement des tests antigéniques, troisième type de diagnostic disponible après les PCR et les sérologiques.

Prélevés en grattant l’intérieur du nez avec un écouvillon, ce long coton-tige, les tests antigéniques permettront d’obtenir un résultat en environ “15 à 20 minutes”, contre un à plusieurs jours pour les tests de dépistage par PCR. Les personnes présentant des symptômes et les personnes contacts sont considérées comme prioritaires.

Comment ça marche ?

Le test antigénique n’aborde pas le virus de la même manière qu’un test PCR. “Le coronavirus a des particules protéiques à sa surface qui correspondent à des antigènes, vulgairement des petits champignons”, nous précise Adrien Rihaoui, biologiste médical à Chaville (Hauts-de-Seine) et membre du Syndicat des Jeunes Biologistes Médicaux. Alors que le test PCR va atteindre le “matériel génétique à l’intérieur et l’amplifier”, le nouveau test  se concentre sur les particules antigéniques, les fameux champignons, qui sont “en général à la surface”. Ces champignons sont “déposés sur une savonnette” qui contient une substance réactive, détaille-t-il. Elle se colore si le patient est malade du Covid.

Comment le test a‑t-il été testé ?

Cet été, les hôpitaux Henri Mondor et Saint-Louis de l’AP-HP ont mené une étude sur 700 prélèvements, avec deux tests antigéniques disponibles, le belge Coris et le coréen Biosensor. “Les résultats ont montré que le test Biosensor, qui dispose d’un marquage CE, est efficace pour détecter le Covid selon la définition de l’OMS” nous assure la Direction Générale de la Santé (DGS) du Ministère de la Santé. L’AP-HP a reçu 100 000 tests coréens en début de semaine du 7 septembre.

Quels sont les avantages ?

Outre le temps d’attente réduit, cette manipulation humaine se passe du lourd arsenal de machines nécessaires pour extraire et amplifier des fragments d’ARN  dans le cas des PCR. Pas de transport non plus, dans un contexte où “très peu de laboratoires en France sont équipés des machines pour PCR. Chez nous, on envoie les 70 tests quotidiens à des plateformes à Montargis, à Poissy ou à Saint-Denis par exemple”, détaille le biologiste.

Quels problèmes posent les tests antigéniques ? 

Si cette technique permettra de dépister plus rapidement certains cas ciblés, elle ne permettra pas d’absorber la quantité traitée par les tests PCR, puisque que “les automates traitent jusqu’à 2000 tests PCR par heure”. Or, “ce nouveau test met 15 minutes et pendant 15 minutes, l’opérateur est bloqué, il ne peut donc en faire que quatre par heure, et rien d’autre… C’est une fausse bonne idée.” Avec ses six collègues techniciens, Adrien Rihaoui ne pourrait par exemple assurer que 30 à 40 tests par jours, alors qu’aujourd’hui, ils en assurent 70.

Au-delà de la quantité, c’est la qualité qui l’inquiète. “Le ministère parle de réaliser ces tests en aéroports… Mais j’ai des réserves sur les compétences et la formation des personnes qui gèreront ces prélèvements.” Or, même quand les protocoles sont suivis par des personnels médicaux, “les risques d’erreur sont majorés” avec une manipulation humaine. Cela peut intervenir “dans la saisie manuelle des résultats, l’inversion de patients…”, argumente le biologiste, qui aurait préféré un investissement massif dans de nouvelles machines pour assurer le flux important de demandes de tests.

Le minière de la Santé se dit conscient que “ces tests sont néanmoins globalement moins sensibles que les RT-PCR”. Il considère que cette solution ne peut être utilisée “qu’en complément de la politique de dépistage actuellement menée”.