Brexit : les raisons de la galère

Sous un climat orageux, les discussions pour un accord sur les relations post-Brexit ont ouvert ce mardi 8 septembre. En voyant l'attitude britannique, l'Union Européenne s'inquiète. 

Dans un match de boxe, les commentateurs parleraient de dernier round dans lequel les deux adversaires mettent leurs ultimes forces. Mais dans le match du Brexit qui dure depuis quatre ans, les deux partis sont obligés de collaborer. Ce mercredi, l’UE demande une réunion d’urgence avec Londres pour discuter de ses projets de lois. Le dernier round de négociations a commencé mardi 8 septembre entre les équipes de Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union Européenne (UE), et son homologue britannique, David Frost. Objectif des discussions : trouver un accord sur les relations que vont entretenir les deux partis dans le futur, mais les intérêts des deux camps divergent.  Et les guerres se font parfois intestines.

Le Royaume-Uni fait volte-face 

« Je dirais que oui, cela viole le droit international d’une manière très spécifique et limitée » a admis ce mardi Brandon Lewis, secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord. Le membre du gouvernement de Boris Johnson fait référence aux projets de loi portés par son gouvernement, qui remettent en cause l’accord de sortie qu’il a pourtant lui-même signé en janvier dernier. Remise en cause qui a provoqué le courroux des dirigeants de l’UE : « Nous devons respecter ce qui a été signé » s’est insurgée Ursula Von Der Leyen, la présidente de la Commission européenne. 

Les réunions qui vont s’étaler jusqu’au 15 octobre portent sur onze sujets différents. Le domaine de la défense, la coopération dans la recherche entre autres, mais surtout, l’économie. C’est le sujet qui coince principalement. Sachant que, malgré les déclarations bravaches de Boris Johnson qui se dit satisfait en cas de « no deal », le Royaume-Uni a beaucoup à perdre : 47 % de ses exportations entrent sur le marché européen contre seulement 8 % des exportations européennes vers le royaume. De plus, un échec potentiel des discussions affaiblirait encore plus les deux économies, déjà malmenées par la pandémie de coronavirus. 

Des points de blocage

Tout comme pendant les discussions sur le premier accord, le sujet principal de blocage reste la question nord-irlandaise. Boris Johnson veut remettre en cause la situation de la province de l’Ulster (Irlande du Nord) qui demeure dans le marché unique de l’Union Européenne. Pour éviter le retour d’une frontière physique et des tensions en Irlande du Nord, l’accord de janvier intègre ce territoire au marché commun européen. Des taxes sont donc à payer pour les marchandises britanniques qui y entrent, ce qui n’est plus du goût du gouvernement britannique. 

Compte tenu des déclarations de Brandon Lewis ce mardi, des questions demeurent sur les ambitions stratégiques du gouvernement britannique. Va-t-il stopper ces projets de lois pour tempérer le jeu ? 

Un autre point de blocage est le secteur de la pêche. La question concerne huit pays membres de l’UE. Les Vingt-Sept voudraient voir les zones de pêche inchangées. Or, les Britanniques veulent pour leur part doubler leurs quotas de pêche, ce qui pose problème. Michel Barnier, ancien ministre de la Pêche sous Nicolas Sarkozy, connaît bien cette problématique : « Nous allons devoir en discuter. Nous avons une position maximaliste là-dessus », a‑t-il avancé, laissant planer des doutes quant à un futur accord sur le sujet. 

Se préparer au pire des scénarios 

« Nous refusons tout dumping social et voulons un commerce équitable », a aussi martelé le négociateur en chef des Vingt-Sept. L’autre grande inquiétude de Michel Barnier est d’ouvrir le marché intérieur européen aux entreprises britanniques sans qu’elles en respectent les règles. Ouvrir le marché intérieur sans créer de distorsions de concurrence reste une question à étudier pour les deux parties. Elles doivent s’accorder sur les conditions sociales des entreprises et les aides publiques. 

Michel Barnier a prévenu la semaine dernière lors des universités d’été du Medef : les entreprises françaises doivent se préparer au pire des scénarios. Les entrepreneurs doivent anticiper des retards et le paiement de droits de douanes. En parallèle, les Britanniques ont prévu le coup : ils ont commencé la construction de 29 parkings au sud de l’Angleterre pour entreposer les marchandises qui attendent de passer la douane.