Covid-19 : tout comprendre à la situation de l’Inde et ses records de contamination

Le géant asiatique est le premier pays au monde en terme de nouvelles contaminations par jour à être affecté par l'épidémie de Covid-19.

 

Le géant d’Asie du Sud explose les records. L’Inde est devenu le pays asiatique le plus touché par l’épidémie de Covid-19 et franchit à toute vitesse les paliers de contamination. « L’épidémie de coronavirus en Inde semble être entrée dans une phase d’accélération incontrôlable, chaque journée apportant un nombre de plus en plus élevé de nouvelles infections», relève avec inquiétude le quotidien The Indian Express (en anglais). Le pays a en effet dépassé les 4 millions de cas ce lundi et près de 90 000 nouvelles contaminations ont été enregistrées en 24h ce mercredi. Soit le nombre quotidien le plus élevé au monde. 

C’est loin d’être le seul record épidémique à noter : ils s’enchaînent depuis quelques jours. La plus grande démocratie de la planète a dépassé le Brésil dans le décompte total des contaminations et figure en troisième position en terme de morts de la Covid-19, derrière les Etats-Unis et le géant latino, avec 73 890 décès enregistrés selon le dernier décompte de l’université américaine Johns Hopkins.

Un pays s’en est bien sorti au début

Avec plus d’1,3 milliard d’habitants, l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde, derrière la Chine. L’arrivée de l’épidémie de Covid-19 sur son gigantesque territoire suscitait une grande appréhension étant donné la densité de population et les profondes inégalités structurant la société : en 2019,  75% des foyers indiens n’avaient toujours pas accès à de l’eau potable, rappelle le Petit journal

Fin mars, le gouvernement de Narendra Modi a imposé à un confinement, très strict. « Le pays a mis en place une quarantaine très forte. Cela a été effrayant à vivre», raconte Frédéric Landy, spécialiste de l’Inde rurale, qui vivait alors à Pondichéry. Mais « le gouvernement Modi, en tant que créateur de cette politique de confinement, n’apparaît pas si impopulaire que cela », observe le professeur de géographie à l’université Paris Nanterre et ancien directeur de l’Institut Français de Pondichéry. « Les Indiens ont eu très peur. Ils disaient : “Il vaut mieux qu’on meure de faim que de la maladie», se rappelle-t-il, estimant que « cela a été efficace à Mumbai et Delhi. L’épidémie a été jugulée». 

Une situation paradoxale

Ce confinement très strict a permis de ralentir la progression de l’épidémie, mais a paralysé l’économie, en pleine expansion, du pays. Le Produit intérieur brut (PIB) a enregistré une baisse de 23,9% en mars-avril. Une chute historique qui a poussé le gouvernement à lever progressivement ses restrictions : « C’est un peu paradoxal mais l’Inde s’est fermée très tôt, quand il y avait très peu de cas. Et aujourd’hui, elle continue de s’ouvrir alors qu’il y a une flambée des cas, car ils n’ont pas de choix », analyse Frédéric Landy. Les conséquences épidémiques ont été d’autant plus importantes pour les franges les plus pauvres de la population, dépendantes de l’économie informelle : «Le confinement, appelé ici “le lock down” a donné littéralement lieu à un enfermement. Cela a été dramatique pour les travailleurs pauvres journaliers qui crevaient de faim ou perdaient leur logement.» 

Faire machine arrière reviendrait à plonger le pays «dans une crise économique et humaine catastrophique», juge l’universitaire. Des restrictions de déplacement ou des confinement locaux peuvent encore décidés à l’échelle locale, mais leur application est parfois difficile. «Il y avait des zones rouges dans certains quartiers de Pondichéry et villages. Normalement, ils devaient être bouclés mais il y a eu tellement de protestation de la population que les autorités locales sont revenues sur leur décision» , relate l’universitaire. 

Résultat, depuis ce lundi les lignes de métros de la capitale indienne reprennent progressivement, après plus de cinq mois d’interruption. La reprise de ce service, très attendue dans la ville de plus de 30 millions d’habitants, se déroule dans le respect strict des normes sanitaires : port du masque obligatoire et désinfection sont de rigueur, rapporte le Times of India (en anglais). Et le Taj Mahal, emblème culturel du pays, va rouvrir ses portes le 21 septembre. 

Un bilan difficilement chiffrable 

Le bilan sanitaire est plus difficile à évaluer que celui économique. Si le nombre de nouvelles contamination journalières est le plus élevé du monde, il est peu significatif, explique Frédéric Landy : «On ne peut pas s’y fier car c’est sous-estimé, il n’y a pas assez de tests ». En effet, le nombre de contamination doit être mis en perspective avec le nombre de tests réalisés. Plus on teste, plus on trouve de cas positifs. Cet axiome se révèle particulièrement pertinent ici puisque l’Inde est le pays qui effectue le nombre le plus important de tests quotidiens : plus d’un million par jour selon la plateforme Our World in Data. Un chiffre toutefois à nuancer : en considérant le nombre de tests réalisés quotidiennement pour 1000 habitants, l’Inde est dépassée par plusieurs pays dont les Etats-Unis et l’Italie. 

Autre élément à prendre en considération : la nature des tests. L’Inde réalise des tests virologiques de type PCR, similaires à ceux mis en place en France, avec des prélèvements naso-pharyngés. Mais pas seulement. «Afin d’augmenter la capacité de dépistage, les autorités indiennes sont passées à une méthode moins coûteuse et plus rapide, avec des tests rapides à l’antigène», explique la BBC (en anglais). Ces tests, plus connus sous la terminologie de «tests rapides» peuvent donner un résultat en 15 à 20 minutes, mais sont moins fiables que les tests PCR. Trois sortes de tests rapides ont été approuvés et mis en place, mais l’un d’eux présenterait une «précision à donner un résultat réellement négatif» seulement de l’ordre de 50 et 84 % révèle le média britannique. «Le test de l’antigène manquera plus de la moitié des cas réellement infectés », résume le professeur Srinath Reddy, de la Fondation indienne pour la santé publique à la BBC. 

Par ailleurs, le bilan mortel du Covid-19 pourrait être considérablement minimisé : «La mortalité est difficile à prendre en compte pour plusieurs raisons. Il y a par exemple des comorbidités qui font que quand les gens meurent, ils ne sont pas enregistrés ou bien sont enregistrés autrement que comme des malades du covid », avance Frédéric Lancy. «Cela se fait un peu n’importe comment, et c’est sous-évalué», analyse le spécialiste de l’Inde rurale, qui relativise : «Il faut rappeler qu’il y a presque 1,4 milliards d’habitants en Inde. Donc même si vous multipliez par 2 ou par 4 le nombre de morts du Covid, vous allez en trouver moins qu’ailleurs. »