Laurent Sourisseau, dit Riss, était à la barre pour témoigner dans le procès des attentats de janvier 2015

Procès Charlie Hebdo : «Je comptais les secondes», le témoignage saisissant de Riss

Le caricaturiste Riss s'est présenté à la barre ce mercredi, à l'occasion de la sixième journée du procès des attentats de janvier 2015. Présent lors de l'attaque, il décrit une scène d'horreur.

Son témoignage était particulièrement attendu. Longue veste noire et chemise blanche, le caricaturiste Laurent Sourisseau, dit Riss, aujourd’hui directeur de la publication de Charlie Hebdo, s’est présenté à la barre ce mercredi, pour la sixième journée du procès des attentats de janvier 2015.

« Le mieux placé pour relater les grandes lignes du journal », a lancé le président du tribunal, donnant le ton de ce témoignage essentiel, relaté par de nombreux journalistes sur les réseaux sociaux. Les yeux souvent baissés, les jambes tremblantes, l’auteur de bande dessinée n’a pas flanché pour raconter ces quelques instants du 7 janvier 2015.

J’attends mon tour, je ne vois pas comment je vais sortir d’ici, je me dis “Je vais mourir ici, sur le sol de Charlie Hebdo, dans mon journal.”

« C’était une conférence de rédaction classique », a commencé l’auteur de bande-dessinée, les mains jointes face au président. En pleine réunion, il a entendu deux premiers claquements : « J’ai pensé à du matériel défectueux». Mais des hommes armés et cagoulés ont alors surgi dans la pièce. Riss s’est jeté sous le bureau de Charb, l’un de ses collègues à la rédaction.

« C’est à ce moment-là que les tirs ont commencé, a soufflé le dessinateur à la barre. J’attends mon tour, je ne vois pas comment je vais sortir d’ici, je me dis “Je vais mourir ici, sur le sol de Charlie Hebdo, dans mon journal.”» Puis au milieu du chaos, le caricaturiste a reçu un coup dans le dos, « comme un coup de pioche, de fourche ». En apnée, il a alors compté les secondes.

La dernière fois que je les avais vus, c’était cinq minutes avant, ils étaient tous vivants

Deux ou trois coups de feu. Puis « le silence total », a raconté le caricaturiste. Après des minutes de témoignage sans vaciller, la voix de Riss s’est mise à trembler : « Je voulais pas voir. La dernière fois que je les avais vus, c’était cinq minutes avant, ils étaient tous vivants. » 

D’un geste, le dessinateur a montré à la cour les séquelles physiques de cette attaque : impossible de lever le bras au-dessus de l’épaule. Mais peu importe pour le directeur de la publication. Aujourd’hui l’hebdomadaire est toujours debout : « Pour moi, refaire le journal, ça s’imposait, c’était un peu le moment de vérité de toute l’histoire du journal. »