Afrique du Sud : mort de George Bizos, l’infatigable avocat de Nelson Mandela

Avocat blanc et fervent opposant à l'apartheid, George Bizos s'est acharné toute sa vie à défendre les droits de l'Homme en Afrique du Sud. Il est décédé mercredi.  

L’avocat sud-africain George Bizos est décédé mercredi à l’âge de 92 ans. Inlassable militant pour les droits de l’Homme, il fut celui qui permit à Nelson Mandela d’échapper à la peine de mort. 

Une vie et l’Histoire

La longue carrière du juriste est indissociable de l’histoire politique récente de l’Afrique du Sud. Pendant les  années d’oppression de la majorité noire, cet avocat blanc défend de grandes figures militantes du Congrès national africain (ANC) qui luttent contre le régime d’apartheid. Quand le pouvoir blanc est sur le point de tomber, il participe à l’élaboration de la nouvelle Constitution démocratique du pays.

Une fois l’apartheid aboli, George Bizos contribue à la mise en place de la Commission vérité et réconciliation, chargée d’enquêter sur les crimes politiques de l’ancien régime. 

L’apartheid est conceptualisé et introduit à partir de 1948 en Afrique du Sud. (Wikicommons)

Un grand défenseur des droits de l’Homme

George Bizos naît en 1924 en Grèce. Adolescent, il arrive en Afrique du Sud, avec son père fuyant en 1941 la péninsule européenne occupée par les nazis. Quelques années plus tard, il passe l’examen du barreau et devient rapidement le spécialiste des affaires qui déplaisent au gouvernement de l’apartheid.

Le congrès national africain (ANC) est un parti politique fondé en 1912 pour défendre les intérêts de la majorité noire contre la minorité blanche. Il fut déclaré hors-la-loi par le Parti national pendant l’apartheid en 1960. (Wikicommons)

En 1963, il rejoint l’équipe d’avocats chargés de défendre une dizaine de hauts responsables de l’ANC, dont Nelson Mandela, lors du procès dit de Rivonia. Les accusés y sont poursuivis pour sabotage et encourent la peine de mort. La plupart seront, à la surprise générale, condamnés à la prison à vie. C’est durant ce procès que Nelson Mandela prononce sa célèbre plaidoirie en forme de profession de foi, dont le texte a été préparé avec George Bizos. « Si George Bizos n’avait pas été avocat, il aurait été un acteur digne de recevoir un Oscar », avait estimé l’archevêque et prix Nobel de la Paix Desmond Tutu, à l’occasion de son 80ème anniversaire.

Après avoir étudié ensemble, Neslon Mandela et George Bizos étaient devenus proches amis. (Wikicommons)

Un ami proche de Nelson Mandela 

Il continua ensuite à défendre Nelson Mandela pendant les 27 années que ce dernier passa derrière les barreaux, jusqu’à devenir un de ses plus proches amis. Les deux hommes s’étaient rencontrés sur les bancs de la faculté de droit à Johannesburg dans les années 1950, avant d’exercer ensemble la profession d’avocat. À la mort de l’ancien président sud-africain, en 2013, George Bizos s’était vu confier la délicate mission d’exécuter son testament.

Dans son autobiographie « La Longue Marche vers la liberté », Nelson Mandela l’avait décrit comme « un homme à la fois compatissant et à l’esprit perspicace ». En 2008, George Bizos avait évoqué son histoire commune avec Nelson Mandela pour News24. 

Plusieurs fois, il a annoncé sa retraite. Mais l’appel du prétoire est trop fort pour lui. « Quelle que soit l’oppression exercée par un régime, le tribunal est le dernier espace où une personne opprimée peut prendre la parole », expliquait l’avocat. En 2012, il a une nouvelle fois revêtu sa robe pour défendre les familles de 34 mineurs tués sous les balles de la police : le pire massacre commis par les forces de l’ordre depuis la fin de l’apartheid.