Anxiété, peur de l’infection ou de l’avenir : le confinement a ravivé les idées suicidaires

Selon les associations et les organismes publics, la solitude forcée par l'épidémie de Covid-19 a profondément affecté les Français. 

Le 6 avril 2020, une équipe de pompiers enfonce la porte d’entrée d’un petit pavillon de la commune de Saint-Herblain, en banlieue nantaise. C’est la troisième semaine de confinement, ils interviennent pour porter assistance à un homme de 47 ans en détresse psychologique. L’alerte a été donnée par une psychologue, inquiète pour son patient. L’homme atteint de schizophrénie l’a appelée en pleine crise d’angoisse : « Je pense avoir le Covid. Je suis malade. Je vais mourir !», aurait-il déblatéré selon les propos rapportés à la famille. Quand les secours réussissent enfin à s’introduire dans le domicile, la victime a mis fin à ses jours.

Cet homme est bien loin d’être le seul à avoir ressenti de funestes idées pendant le confinement. A l’occasion de la journée internationale de prévention du suicide ce jeudi, Santé publique France rappelle qu’avec 9000 suicides par an, « la France présente un des taux de suicide les plus élevés d’Europe ».

Une moyenne de 550 appels par semaine pendant le confinement

Pendant les huit semaines du confinement, le dispositif d’écoute anonyme SOS Amitiés a recensé une hausse sans précédent des appels liés au suicide. Sur les six premières semaines du confinement, ils sont passés de 100 appels par semaine en moyenne à 550. Les appels de « suicidants », c’est-à-dire de personnes affirmant être en train de passer à l’acte au moment de la conversation, ont eux augmenté de 40%. 

Comme ça a été le cas pour l’homme de Saint-Herblain, l’inquiétude est constamment palpable à travers le combiné. « Les appels étaient marqués par la peur pendant le confinement. Peur de la contamination, de la mort mais aussi peur de l’avenir », détaille Catherine Krebs, psychologue au sein de la fédération d’association. 

Un accès aux soins psychologiques réduits

Les raisons de cette détresse psychologique sont multiples. Pour les personnes souffrant d’une maladie mentale, l’impossibilité de consulter leurs professionnels de santé a été déstabilisante. De manière générale, l’isolement généré par le confinement a entraîné une « exagération de l’état d’anxiété sans toutefois avoir accès aux recours habituels », analyse Catherine Krebs. 

SOS Amitiés a également relevé sur la période une augmentation du nombre de personnes appelant pour la première fois. « Beaucoup de personnes se sont retrouvées confrontées pour la première fois à leur solitude. Notamment ceux dont le travail prenait une place importante dans leur vie », ajoute la psychologue. 

1 Français sur 5 dit avoir été dans un état « dépressif » pendant le confinement

Santé Publique France a lancé des travaux de recherche sur la santé mentale des Français pendant le confinement, dès le 23 mars. Ont été observés: le sentiment d’anxiété, la qualité du sommeil, la dépression. Ce dernier indicateur était à la hausse durant la période de confinement. Au plus fort de la crise, 20,4% de la population affirmait en souffrir, contre 14,1% dans la semaine suivant le déconfinement. Des études approfondies pourraient être lancées par Santé publique France pendant l’automne. 

Reconnue comme un « problème majeur de santé publique », cette vague de suicides touche toujours particulièrement les jeunes filles, qui, chaque année, présentent systématiquement le taux le plus élevé.