La liste des personnes vulnérables face à la Covid-19 et pouvant bénéficier du chômage partiel a été drastiquement réduite

«Je dois choisir entre ma vie et mon travail» : ces personnes à risque exclues du chômage partiel

L’activité partielle de longue durée est prolongée jusqu’à l’été prochain mais depuis le 31 août, des centaines de milliers de personnes vulnérables face à la Covid-19 ne peuvent plus en bénéficier. Angoissées et paniquées, elles tentent d’alerter les autorités.

Sa voix tremble à l’idée de revenir au travail. Depuis six mois, Christophe vit presque cloîtré. Il n’a pas mis les pieds au supermarché, n’ose pas se balader au centre-ville. « J’ai peur pour ma vie », lâche-t-il d’un souffle au bout du fil. Insuffisant cardiaque après un infarctus, il est reconnu invalide mais depuis le 31 août il n’est plus considéré comme vulnérable face à la Covid-19. Alors que l’épidémie rebondit en France et que le chômage partiel de longue durée est prolongé jusqu’à l’été prochain, Christophe est prié de reprendre le chemin du travail.

« J’ai vu mon médecin, pour demander un arrêt, raconte le salarié d’une entreprise automobile dans l’Est de la France. Mais il m’a dit que c’était impossible, que ce serait refusé par la sécurité sociale. » Depuis le décret publié la semaine dernière, la liste des personnes vulnérables pouvant bénéficier d’un certificat d’isolement a été drastiquement réduite. Les personnes diabétiques, obèses, atteintes d’insuffisance cardiaque ou respiratoire ne peuvent donc plus bénéficier du chômage partiel. Même chose pour les femmes enceintes ou les proches de personnes vulnérables.

On est tous en mode survie parce qu’on sait que si on attrape la Covid, on meurt !

Une source d’angoisse pour les personnes à risque. « Depuis l’annonce de la nouvelle, je pleure toute la journée, je suis en arrêt de travail et sous traitement pour dépression », confie Christophe, d’une voix chancelante. « Je vois la vie en noir, avoue de son côté Magali, atteinte d’obésité morbide et sur le point de reprendre le travail, dans une jardinerie près de Marseille. Je ne me projette pas dans l’avenir. »

Hôtesse d’accueil dans un musée parisien, Morgane est paniquée depuis une semaine. « On est tous en mode survie parce qu’on sait que si on attrape la Covid, on meurt !, se révolte la jeune femme, atteinte d’une maladie musculaire et d’insuffisance respiratoire. En réanimation, on est les derniers sur la liste, on va nous laisser crever ! » Elle vit avec la peur au ventre et le sentiment d’être oubliée, voire sacrifiée.

Pour défendre les personnes à risque face à cette situation, le collectif « vulnérables sacrifiés » vient de voir le jour sur les réseaux sociaux. Une pétition rassemble plus de 32 000 personnes afin d’alerter les autorités sur le sujet. Un recours devant le Conseil d’Etat va même être déposé ce vendredi. « On veut que le gouvernement explique les raisons de ce décret, avance Olivier Berruyer, à l’initiative du recours. Et vérifier s’il est vraiment légal. » Certains députés, à l’image de Fabien Roussel ou Laurence Cohen, commencent également à prendre la parole sur le sujet.

« C’est une erreur de santé publique », lâche Franck Clarot, radiologue et médecin légiste, qui fait face au quotidien à la panique de ses patients à risque. Pour le spécialiste, la décision gouvernementale est scientifiquement discutable : la maladie cardiaque constitue par exemple le premier facteur de comorbidité.

Le gouvernement assure que la décision a été prise en concertation avec des associations de patients, et sur l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique. Une mesure essentielle pour éviter tout risque d’isolement professionnel, selon l’exécutif. Mais pour Franck Clarot il y a un problème de méthode : « Il aurait fallu garder la première liste, plus complète et cohérente, tout en donnant aux médecins la possibilité de voir en fonction de la situation de chaque patient. » Les professionnels de santé peuvent toujours recourir aux arrêts de travail, mais avec les jours de carence et la perte de salaire, c’est une situation qui pénalise les salariés.

J’envisage de demander une rupture conventionnelle

Le ministère du travail appelle les employeurs à favoriser le télétravail ou à instaurer toutes les mesures barrières pour garantir la sécurité de leurs salariés à risque. Mais c’est insuffisant pour les premiers concernés. « On nous dit qu’on est protégés avec un masque, mais les gens ne comprennent rien, lâche Christophe dans un sanglot. Et les collègues finissent toujours par oublier les gestes barrières. Mon employeur me l’a dit : il me faudra un bureau personnel, des plexiglas, des masques. Il est compréhensif mais jusqu’où ? »

Magali est, elle, tiraillée entre l’envie de reprendre le travail pour retrouver une vie sociale, et la peur de se mettre en danger. « Je dois choisir entre ma vie et mon emploi », soupire-t-elle. En congé jusqu’à son rendez-vous à la médecine du travail, elle sait que son employeur veut la voir revenir en caisse. De son côté, Morgane a décidé de poser tous ses congés, jusqu’au 21 septembre, pour éviter de reprendre le chemin du musée où elle travaille. « Mon employeur est compréhensif mais je m’inquiète à plus long terme, confie-t-elle. J’envisage même de demander une rupture conventionnelle parce que je sais que cette situation va encore durer. »

Christophe ne se voit pas revenir au travail pour le moment. De son propre aveu, il passe ses journées rivé sur l’écran, à relayer des articles et à alerter associations et élus sur les réseaux sociaux. En espérant voir les choses changer et enfin se rassurer.