Pétition pour le droit de vote à 16 ans : une fausse bonne idée ?

Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot co-signent une pétition en faveur d'un l'abaissement de l'âge légal du droit de vote à 16 ans. Une initiative qui interroge, alors qu'un tiers des 18-24 ans a boudé les urnes lors du dernier scrutin.

Abaisser l’âge du droit de vote fera-t-il augmenter le taux d’abstention chez les jeunes ? L’équation interroge les experts politiques depuis ce jeudi matin. En cause : une pétition en ligne des députés écologistes et des insoumis en faveur du droit de vote à 16 ans. Elle servira de base de travail à une proposition de loi pour abaisser l’âge légal. Elle devrait être présentée devant l’Assemblée nationale le 8 octobre prochain.

La pétition émane du groupe de députés Ecologie-Démocratie-Solidarité. Pour Paula Forteza, la co-présidente, qui est à la manoeuvre, « de nombreuses études et expériences à l’étranger montrent que plus on vote tôt, plus on vote durablement dans sa vie ». « Il s’agit de générer une habitude et de profiter des années de lycée pour initier les jeunes à la citoyenneté tant par la théorie que par la pratique », argumente-t-elle auprès de notre rédaction.

Manon, qui aura 16 ans dans deux jours, estime l’initiative plutôt bonne. « Si j’ai le droit de vote avant 18 ans, j’irais voter. C’est un important devoir de citoyen qui permet d’exprimer notre avis et choisir qui nous dirige. »

Plus d’abstentionnistes potentiels ?

Certains en revanche y voient une manière d’augmenter encore un peu plus l’abstention lors de futures élections. Aux deux derniers scrutins, le taux de participation chez les 18–24 ans était historiquement bas. À peine un électeur sur trois chez les 18–24 ans s’est rendu aux urnes lors des élections municipales. Ils étaient seulement 27% à s’être exprimés aux européennes de 2019, contre 51% pour la moyenne nationale.

« Les jeunes sont politisés mais ne vont pas voter. Ils sont dans un intérêt à la chose publique au sens large, c’est-à-dire qu’ils ont un engagement citoyen, écolo, mais pas partisan, bien au contraire! », analyse Alexandre Eyries enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Dijon. Un avis partagé par Yssan, 17 ans, diplômé du baccalauréat en fin d’année dernière. « Moi je n’irai pas voter. Clairement, je m’en fiche de la politique », lâche-t-il, reconnaissant cependant un bénéfice à sensibiliser les jeunes plus tôt au sujet.

Derrière le “jeunisme” numérique, peu de contenus

Comment, concrètement, réussir à faire revenir les jeunes dans les isoloirs ? Pour le spécialiste de la communication politique, Alexandre Eyries, il faut adapter le message aux adolescents. Si les lives de personnalités politiques ont alimenté les réseaux sociaux pendant le confinement, le succès auprès des jeunes était loin d’être au rendez-vous. « On réussit à les atteindre grâce aux réseaux sociaux et les politiques l’ont bien compris. On a vu Emmanuel Macron parler à Hugo Travers sur sa chaine Youtube, on a aussi vu Mélenchon sur Tik-Tok… Mais derrière le “jeunisme” numérique, les contenus sont pauvres et le message a du mal à passer », décrypte-t-il.

Si la question de l’âge du droit de vote revient régulièrement dans le débat public, le calendrier interroge le spécialiste. « Le timing est surprenant. On aurait pu imaginer que ce genre d’annonce aurait pu être fait dans un contexte plus apaisé que celui de la crise sanitaire que nous connaissons. » Selon lui, la démarche des Écologistes et des Insoumis n’est pas sans arrière-pensées électorales.« J’y vois une manoeuvre politique assez peu subtile qui vise à cibler les jeunes électeurs potentiels. Ce n’est un secret pour personne que les écolos ont la côte auprès des jeunes. On voit l’effet Greta Thunberg ! »