File d'attente matinale devant un laboratoire du 12ème arrondissement de Paris. (Armelle Exposito)

Tests Covid-19 et voyages en avion : l’attente impossible

Entre l'obligation de présenter un test Covid-19 négatif récent pour monter dans l’avion, et les délais croissants des laboratoires : une équation impossible qui inquiète les voyageurs. 

La crainte, jusqu’au dernier moment, de voir leur avion décoller sans eux. Depuis la réouverture progressive des lignes aériennes, certaines destinations et compagnies aériennes demandent à leurs usagers de présenter des résultats négatifs à la Covid-19. Souvent, les analyses ne doivent dater que de 48 ou 72 heures. Mais alors que le million de tests PCR par semaine a été atteint, le nombre de jours pour obtenir les résultats augmente lui aussi. Dans l’attente de ce nouveau Graal, les voyageurs stressent et perdent parfois espoir. Un casse-tête qui pousse certains à harceler les laboratoires, à frauder ou à changer leurs plans.

« Cela prendra au moins quatre jours »

Devant un laboratoire d’analyses médicales du 11arrondissement de Paris, chaque matin entre 80 et 100 personnes font la queue pour passer un test PCR. Une double file s’étend à gauche et à droite du trottoir, heureusement assez large pour accueillir tout le monde. Les chaussures vernies de Sourabh, 33 ans, semblent ancrées dans le sol à force d’attendre. Il doit partir pour l’Inde au plus vite, mais n’a pas encore pris ses billets de peur de ne pas recevoir le diagnostic à temps. « La compagnie aérienne demande que mes résultats datent de moins de 48 heures, mais ici, on me dit que cela prendra au moins quatre jours », explique-t-il, dans un anglais à l’accent légèrement britannique.

Indien, installé à Paris depuis deux ans, il doit rentrer à New Delhi pour une urgence professionnelle. « Je suis au téléphone avec la compagnie aérienne tous les jours. De toute façon, je n’ai pas le choix, sinon je me retrouve sans emploi », confie-t-il, presque en riant, désabusé.

Sur les réseaux sociaux, le même écho. Des dizaines de tweets témoignent ces derniers jours, de l’inquiétude qui monte avant d’embarquer. « C’est grave la merde, ça tourne au fiasco mon voyage aux Açores. Je me suis fait testé hier mais faut 5 à 6 jours pour les résultats », s’énerve un internaute. « J’attends toujours le test de ma fille fait le 1er septembre pour prendre l’avion », se plaint un autre, huit jours après la réalisation du fameux PCR.

 

Frauder ou annuler 

L’inquiétude de ne pas pouvoir monter dans l’avion, faute de résultats, n’est pas nouvelle. Mehdi raconte qu’en juillet déjà, il avait dû passer trois longues heures d’angoisse à l’aéroport. Il était en partance vers le Maroc, qui demande, aussi, une preuve de test datant de moins de deux jours.

S’il avait réussi à obtenir son sésame négatif assez rapidement ; celui-ci ne stipulait pas la date des résultats. À l’aéroport, face au bureau d’embarquement il appelle son laboratoire à plusieurs reprises. Finalement, en négociant, il obtient un document anti-daté… du jour même. Une aberration selon lui. Mais il ne rechigne pas quand ses résultat sont finalement acceptés par la compagnie aérienne. « C’était tout ou rien, les vols étaient tellement chers que si je ne montais pas dans l’avion, je ne partais pas », raconte-t-il, soulagé d’avoir finalement pu rentrer voir sa famille à Kenitra, proche de Rabat.

Devant certains laboratoires parisiens, l’attente se compte en heures. (Julia Denis)

Depuis cet été, les délais des laboratoires se sont étalés face à l’affluence. Le 5 septembre, le ministre de la Santé Olivier Véran admettait qu’il fallait « en moyenne 3,5 jours pour se faire tester ». Une attente qui dépasse les conditions d’une grande partie des compagnies aériennes. S’il est passé « à temps », Mehdi admet que plusieurs de ses proches ont dû, eux, frauder en modifiant informatiquement la date de leurs analyses, pour rentrer au Maroc.

« Les gens réagissent mal » 

D’autres, comme Jonathan, ont choisi de retarder leurs vols. Il devait partir en Martinique lundi. Pour embarquer vers la collectivité française d’outre-mer, les voyageurs de plus de 11 ans doivent justifier d’un test négatif réalisé dans les 72 heures avant l’embarquement. Pour partir un lundi, le jeune homme de 23 ans aurait donc dû se faire tester le samedi précédent. « Ce n’est pas possible », lui a répondu son laboratoire, de manière catégorique. Jonathan a choisi de déplacer son vol au vendredi suivant.

Mais lorsque les voyageurs ne parviennent pas à changer leurs billets, ils se retournent parfois contre les laboratoires. Dans le cas de Ryan Sater, biologiste médical dans la Drôme, la justice a même dû s’en mêler. Un patient qui n’a pas obtenu des résultats à temps pour partir en Nouvelle-Zélande a porté plainte contre son laboratoire. Depuis, Ryan Sater fait signer une décharge spéciale à ceux qui passent le test PCR dans le but de voyager. « Avoir des résultats rapidement, c’est un acquis pour beaucoup », critique-t-il. Alors, au guichet ou au téléphone « pas mal de gens réagissent mal. »

Mercredi, le ministre de la Santé a annoncé sur France Inter, la distribution de 100 000 tests antigéniques dans les hôpitaux parisiens. Derrière ce terme compliqué, un espoir pour beaucoup, en particulier les voyageurs : les résultats de ces nouveaux tests nécessitent seulement 15 à 20 minutes d’attente. Un coup d’accélérateur qui pourrait intéresser les compagnies aériennes et leurs voyageurs.