A Créteil, conditions “rudimentaires” pour les premiers tests antigéniques

Le derniers essais en conditions réelles pour les tests “rapides” promis par Olivier Véran ont débuté ce vendredi matin au CHU de Créteil. L’organisation est parfois rudimentaire mais le dispositif convainc déjà le personnel soignant. 

Entourées d’un ruban de signalisation rouge et blanc, deux tentes blanches et une ambulance du SAMU sont installées sur un terre-plein du parking de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). “Annonce des résultats!”, avertit d’une voix étouffée par son masque FFP2 un homme en blouse blanche. “Quel est votre numéro, mademoiselle ? Et votre nom ?”

Les renseignements pris auprès d’une jeune femme blonde aux cheveux tirés en queue-de-cheval, l’homme disparaît rapidement dans le véhicule et en ressort après quelques instants. “Suivez-moi”, lui indique-t-il en se dirigeant vers un chapiteau blanc. “C’est négatif !”, se réjouit-elle , moins de dix secondes plus tard. Elle est l’une des premières à être testée pour la Covid-19 par test antigénique. Le ministre de la Santé a annoncé mardi matin le déploiement de cette alternative aux tests PCR présentants des résultats quasi-immédiats.

Devant les tentes montées pour les tests antigéniques, les étudiants infirmiers de l’hôpital de Créteil font la queue / © Olga Lévesque pour CFJLab

Ce vendredi, le service virologie et des maladies infectieuses du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Créteil teste grandeur nature le nouveau protocole de dépistage. Les 220 étudiants en première années d’études à l’Institut de Formation aux Soins Infirmiers (IFSI), jouent les cobayes. Natacha a fait sa rentrée quelques jours auparavant. Dans son emploi du temps, elle n’imaginait pas avoir un créneau “test Covid”. 

On a dû s’organiser du jour au lendemain”

L’étudiante, qui n’a jamais été testée auparavant pour le coronavirus, est accueillie par Laurence Ledit, assistante médico-administrative. Cette dernière est chargée de l’enregistrement des personnes venant se faire dépister. Aux pieds de son bureau, un carton de feuilles mal ordonnées : les dossiers des patients du jour. “On a dû s’organiser du jour au lendemain. Comme c’est un essai, c’est un peu rudimentaire et nous sommes repassés au papier pour prendre les informations des étudiants infirmiers, alors que tout est informatisé pour les tests PCR”, explique-t-elle en consultant les documents de Natacha. L’étudiante lui a remis une fiche avec son état civil, un questionnaire pour connaître son état de santé et d’éventuelles pathologies, ainsi qu’une note d’information concernant l’utilisation des données récoltées pendant les examens. Comme pour les tests sérologiques, les personnes testées doivent consentir à la transmission de ces informations confidentielles. 

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Après avoir récupéré son numéro personnel, Natacha se dirige vers le second chapiteau, où le dépistage sera réalisé. “Le test peut faire éternuer ou tousser, je vais donc vous demander de bien garder le masque sur votre visage”, lui intime Amira Daou, l’étudiante infirmière en troisième année. A la vue de l’écouvillon, les sourcils bruns de Natacha se froncent. “On m’a dit que c’était douloureux”, marmonne-t-elle. Dix secondes plus tard, verdict : Ca fait mal… Mais moins que ce que j’imaginais.” 

Comme un test de grossesse

Amira Daou est pourtant rompue à l’exercice. Depuis juin, elle a réalisé tellement de tests PCR qu’elle ne peut même pas en estimer le nombre. “Aujourd’hui, en une heure, je n’ai fait que cinq prélèvements, au lieu du double en temps normal. Là je m’ennuie un peu”, confie-t-elle en insérant la tête de l’écouvillon dans une fiole contenant une solution d’extraction.

Faute de candidats ce jour là, la journée de l’étudiante sera plus tranquille qu’à l’accoutumée. Elle colle dessus une étiquette avec le numéro attribué à Natacha et l’apporte ensuite dans l’ambulance du SAMU reconvertie en laboratoire d’analyses médicales. 

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A partir de là, le test est entre les mains de Slim Fourati, médecin en virologie. L’homme grisonnant d’une quarantaine d’année est le “monsieur analyse” de l’opération. Il dépose quelques gouttes de la solution d’extraction qui contient désormais les éléments présents sur l’écouvillon, sur une bandelette qui ressemble à un test de grossesse et fonctionne de la même manière. “Si le test est positif, une ligne rose apparaîtra, s’il est négatif, il restera blanc”, détaille-t-il. Le bout de plastique est décoré lui-aussi d’une étiquette avec le numéro de Natacha et placé à côté d’un réveil-matin. L’objet sert de minuteur et retentira 30 minutes plus tard. “Le ministre a indiqué des résultats en 15–20 minutes, mais en réalité c’est plutôt 15–30 minutes. Si le test est positif à la Covid-19, cela se saura assez rapidement, mais en cas de négatif, par précaution, il vaut mieux attendre une demi-heure”, étaye le praticien. 

Soulager les laboratoires de ville

Les trente minutes écoulées, l’homme chargé de l’annonce des résultats vient récupérer les données. Il s’agit du Professeur Jean-Winoc Decousser, responsable de cette opération. Pour lui, le développement de ces tests va permettre de “soulager la pression sur les laboratoires de dépistages.” Ici, l’enjeu n’est pas de diagnostiquer les personnes présentant des symptômes mais de “détecter les personnes asymptomatiques, très contaminantes, souvent appelées les ‘hyperspreaders ”. Ce genre dépistage pourrait être développé par la suite aux abords des marchés ou dans les aéroports. 

Le numéro de Natacha est appelé. Il s’est écoulé 45 minutes depuis l’arrivée de l’étudiante. A quelques secondes du résultat, elle est tendue. “Je stresse un peu, je prends les transports tous les jours et les gens ne respectent pas trop les mesures d’hygiène.” Quand elle ressort de la tente, ses yeux laissent deviner un sourire que dissimule son masque. Elle est soulagée : “C’est négatif.” Si elle avait été positive, l’équipe de dépistage l’aurait accompagnée faire un test PCR, plus fiable, pour établir formellement le diagnostic. Pour l’heure, l’infirmière en devenir peut retourner à ses études. Dans quelques mois, si l’épidémie persiste, ce sera elle qui réalisera ces tests à l’hôpital de Créteil.