Coronavirus : certaines associations interdites de distribuer des repas aux migrants à Calais 

La préfecture du Pas-de-Calais a annoncé interdire aux associations non mandatées par l’État de distribuer des repas aux migrants à Calais, en raison du contexte sanitaire actuel.

 

À partir de vendredi et jusqu’à la fin du mois de septembre, les distributions alimentaires seront limitées à Calais (Pas-de-Calais). La préfecture a annoncé interdire « toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires à des rassemblements non déclarés». L’arrêté concerne une vingtaine de rues, quais et places du centre-ville et cible les associations non-mandatées par l’État.

La préfecture estime que les distributions alimentaires de ces associations sont « caractérisées par le non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre la Covid-19 », « qu’elles créent des nuisances et que des déchets sont laissés sur place ». Cette décision administrative survint au lendemain de la rencontre du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et de la maire de Calais, Natacha Bouchart. L’élue locale lui a exprimé jeudi sa volonté de « d’empêcher la création de points de fixation (…) et d’interdire les distributions de repas organisées de façon totalement anarchique », a‑t-elle précisé dans un communiqué. Une demande auquel le ministre aurait été réceptif. 

La distribution assurée par une association, La Vie Active continue 

La mairie avait pris un arrêté allant en ce sens, en octobre 2019. Mais en décembre de la même année, le tribunal administratif de Lille a jugé la mairie « incompétente » pour prendre des arrêtés visant à interdire dans certains lieux les distributions de repas aux migrants, comme elle le fit également en mars 2017. « La police étant étatisée dans la commune de Calais, il n’appartenait qu’au préfet de prendre de telles décisions », concluait le tribunal.

Fin juillet, Médecins du monde, Amnesty International, Médecins sans frontières, le Secours catholique et la Cimade se sont indignés que dans cette ville et ses alentours des centaines de migrants « n’[aient] aujourd’hui plus d’accès à l’eau potable, aux douches, à l’alimentation ». La préfecture du Pas-de-Calais a justifié son nouvel arrêté, jeudi dans un communiqué par l’existence de 38 robinets d’eau 5 jours sur 7 disponibles pour les migrants, dont « 22 accessibles 7 jours 7 » et par l’existence d’une association mandatée par l’État, La Vie Active, qui fourni  « 4 distributions quotidiennes de repas ». « L’ensemble des prestations assurées permet d’apporter aux personnes migrantes des prestations humanitaires suffisantes au regard des besoins de cette population notamment alimentaires », considère-t-elle.

Les associations dénoncent «une décision inhumaine»

Des associations d’aide aux migrants non mandatées par l’Etat se sont indignées de cette interdiction, dénonçant l’utilisation de la situation sanitaire comme un « prétexte ». « Il y a un prétexte sanitaire mais aux distributions de La Vie Active, c’est pareil, les gens sont les uns sur les autres», dénonce François Guennoc, Vice-président de l’Auberge des migrants, auprès de l’AFP. Son association distribue chaque jour entre 200 à 300 repas à des migrants sur un quai du centre-ville et plusieurs centaines d’autres cinq jours sur sept dans divers points de la ville, ajoute-t-il. Le président de l’association Salam, Jean-Claude Lenoir, a lui dénoncé « une décision inhumaine, une erreur humanitaire et une maladresse politique», pointant «une surenchère électoraliste par rapport au Rassemblement national».

https://twitter.com/DamienCAREME/status/1304295602428219392?s=20

 

Le maire de Grande-Synthe (Nord), Damien Carème, très engagé dans la prise en charge des migrants, s’est indigné d’une telle décision sur Twitter : « Le Camp de Lesbos part en flammes… La France déclare qu’elle est prête à prendre sa part dans l’accueil… Et pendant ce temps-là, elle devient un peu plus abjecte dans l’indignité… »