« Il n’y a plus de camp » : la dévastation et le désespoir après les incendies de Lesbos

Deux incendies ont dévasté le camp insalubre de Moria sur l'île grecque de Lesbos où quelque 12.000 à 15.000 réfugiés résidaient. Ces derniers se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans eau, sans nourriture, ni perspective d'avenir.

Le camp de Moria sur l’île grecque de Lesbos n’est plus que désolation. Entre 12 000 et 15 000 réfugiés y étaient accueillis avant que deux incendies ne dévastent la totalité du lieu depuis mardi. « Il n’y a plus de camp à Moria. Tout est réduit en cendres, nous décrit la journaliste de Radio-France, Marie-Pierre Vérot, envoyée sur place. Des milliers de réfugiés sont laissés à eux-mêmes sur le bord des routes, ce qui crée des tensions avec les résidents. Ils campent au petit bonheur la chance dans les champs, sur les trottoirs, sans eau, ni nourriture… »

Publiée par Abdullah Kohistani sur Mardi 8 septembre 2020

 

“Pire que l’enfer”

Les scènes d’exode et de misère se succèdent. Les arbres ne sont plus que des « squelettes noircis », dépeint la journaliste, après que des flammes de plusieurs mètres ont ravagé le camp. « C’est pire que l’enfer », se désole un réfugié auprès d’un confrère espagnol. Pour la deuxième nuit d’affilée, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont dormi à même le sol, « dans des parkings de supermarchés, des champs de l’île », raconte un correspondant pour Al-Jazeera.

L’aide est compliquée à mettre en oeuvre. Le camp est confié principalement à des petites associations qui n’ont pas forcément l’expérience, ni les moyens pour gérer de telles situations. « Les ONG sur place se démènent pour essayer de venir en assistance comme ils peuvent aux personnes errantes dans les rues entre le camp de Moria et Mytilene, la capitale, dont l’accès est empêché par les forces de l’ordre et la population locale qui font barrière », détaille la spécialiste de la question des réfugiés à Sciences po Bordeaux, Emma Empociello. Les tensions qui se cristallisent dans le camp de Lesbos ne sont pas nouvelles, appuie-t-telle aussi. « La situation empire depuis des mois, et le fait qu’elle explose n’était qu’une question de temps. »

L’Europe mise en cause

Pour la spécialiste, le désoeuvrement de dizaines de milliers de migrants, est lié à des décisions politiques. « C’est évidemment le résultat d’un choix politique. D’une part, le résultat de la politique de l’Union européenne et d’autre part celui du gouvernement grec depuis des années. Si l’aide n’est pas organisée et les demandeurs d’asile entassés dans un camp, cela ne relève évidemment pas du choix des ONG », analyse la spécialise.

Si la situation sur l’île grecque est devenue hors de contrôle, c’est notamment parce qu’en mars 2020, la Turquie a décidé d’ouvrir ses frontières avec l’Europe permettant ainsi à des milliers de réfugiés de passer en Grèce. L’Union européenne n’avait alors pas accordé à la Grèce la main tendue requise. « C’est le même problème depuis 5 ans, Lesbos est peu à peu devenue une “île prison”. Les réfugiés veulent s’en échapper mais c’est impossible. C’est à l’Union européenne de venir en aide à la Grèce », reconnait la journaliste Marie-Pierre Vérot.

Au lendemain de l’incendie ravageur, le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, s’est rendu sur l’île de Lesbos. « Moria est là pour rappeler à l’Europe que nous devons changer, a‑t-il reconnu. Nous sommes une famille de 27 pays, nous sommes le plus grand marché du monde, nous détenons 25% de la richesse mondiale, il est inconcevable que l’Europe n’ait pas encore une politique d’immigration unique et cohérente ».

Ce vendredi, le ministre de l’intérieur allemand Horst Seehofer a aussi annoncé que dix pays de l’Union européenne — la Finlande, la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie, la Croatie, le Portugal et la Suisse — allaient accueillir quelque 400 migrants mineurs non accompagnés, transférés après l’incendie en Grèce continentale. Un nombre bien insuffisant pour Emma Empociello « Il serait temps de revoir le système d’asile tout entier… Les annonces n’ont été faites que pour 400 mineurs non accompagnés… », s’attriste-t-elle. Pour les près de 12 000 autres restants, une quatrième nuit éprouvante s’annonce.