“L’arbre mort de Noël” est-il si nocif pour l’environnement ?

La polémique autour de “l’arbre mort de Noël”, comme en parle le maire écologiste de Bordeaux, relance le débat sur l’impact environnemental de cette tradition. Les 7 millions de sapins de Noël achetés chaque hiver en France produisent beaucoup de CO2, mais l’arbre naturel est en réalité moins nocif que le sapin artificiel.

“Nous ne mettrons pas des arbres morts sur les places de la ville”, a proclamé jeudi Pierre Hurmic, le nouveau maire écologiste de Bordeaux, à l’occasion de sa rentrée politique. Suscitant aussitôt, une volée de critiques émanant de la droite et du centre. Le député LR Eric Ciotti a parlé “d’ayatollahs verts”. C’est tout ce qui amène un peu de joie ou de fête qu’ils interdisent”, s’est de son côté emportée la ministre déléguée à la citoyenneté Marlène Schiappa.

La mairie de Bordeaux met en avant des considérations écologiques. “L’équipe municipale souhaite conserver la magie de Noël sans gaspiller l’argent public”, s’est-elle défendue dans un communiqué vendredi. “Pourquoi dépenser près de 60 000 € auxquels s’ajoutent d’importants coûts induits, écologiques et économiques ?”, s’interroge la mairie EELV, évoquant la “traversée de la moitié de la France en camion et en convoi exceptionnel (pour un arbre de 17 mètres)”, rappelant que “l’an dernier, le sapin a été renversé par la tempête.”

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7 millions de sapins de Noël vendus par an

Dans quelle mesure le maire de Bordeaux a‑t-il raison de voir le sapin de Noël comme un ennemi de l’écologie ? Il faut d’abord s’intéresser à la popularité de cette tradition en France : environ sept millions d’arbres de Noël sont vendus chaque hiver. En 2019, près d’un foyer sur quatre a acheté un sapin, pour un budget moyen de 28 euros, estime le cabinet Kantar dans son bilan de consommateurs d’avril 2020, qui évalue le marché du sapin de Noël en France à près de 200 millions d’euros.

Une telle production est perçue par certains comme une aberration écologique. “Il y a un problème quand on voit qu’une grosse partie du marché est couverte par des produits de l’étranger. On a des sapins qui viennent du bout du monde, qui ont été stockés dans des frigos qui consomment beaucoup d’énergie”, reconnaît Julien Legrix, directeur de la Fédération nationale des producteurs horticulteurs pépiniéristes (FNPHP). En réponse, il vante la filière française, “qui s’est organisée autour des questions d’origine, de qualité et d’éco-responsabilité.” 

“Un sapin qui pousse stocke du carbone”

Provenance et transport mis à part, la production de végétaux en pots ou de décorations en plastique, représente en elle-même une empreinte carbone conséquente. Une étude de 2009 du cabinet de conseil canadien Ellipsos (rebaptisé Ellio) a tenté de l’évaluer avec précision. “Les émissions de CO2 équivalent pour le cycle de vie complet sont de 3,1 kg pour l’arbre naturel et de 8,1 kg pour l’arbre artificiel sur une base annuelle”, conclut l’expertise, basée à Montréal.

En rapportant ces données à l’échelle de la France, l’empreinte carbone de ce folklore hivernal représente 27 000 tonnes de CO2 par an. Sachant que l’empreinte carbone annuelle pour chaque Français représente 11 tonnes équivalent CO2 d’après le gouvernement, se passer des sept millions de sapins de Noël reviendrait à économiser, chaque année, l’empreinte carbone d’une ville de 2 500 habitants.

Le sapin naturel est plus écologique

Dans la bataille environnementale opposant sapins naturels et artificiels, l’avantage semble aller aux conifères issus de véritables forêts. “Un sapin qui a poussé, il a stocké du carbone, il a eu un rôle dans l’écosystème dans lequel il a poussé et en fonction du recyclage du bois qui est fait de ces sapins, on peut avoir un carbone qui est stocké à long terme”, met en avant le directeur de la FNPHP.

Cet argument de la séquestration de carbone dépend toutefois du devenir du sapin, une fois la période des fêtes passée. “Évidemment si les sapins sont brûlés, le carbone est relargué dans l’atmosphère, c’est pas très malin”, analyse Julien Legrix. Sur ce point, l’enquête Kantar se montre optimiste : “Le recyclage du sapin de Noël naturel est un comportement qui tend à se renforcer, avec plus de quatre sapins sur cinq recyclés. Cette tendance est portée par l’usage de point de collecte en hausse.” 

À Paris, en 2020, 115 252 sapins ont été récoltés et broyés sur les 195 points de collecte de l’opération Recyclons nos sapins, affirme la mairie. Les 2 300 m3 de broyat, l’équivalent d’une piscine olympique, a ensuite été “utilisé sous forme de paillage et répandu au pied des massifs et sur les sentiers. Cela permet de réduire l’apparition des mauvaises herbes, de limiter l’évaporation de l’eau et de favoriser le développement des micro-organismes souterrains qui améliorent la vie du sol”, détaille la ville.

Pour que l’empreinte carbone d’un sapin artificiel soit plus faible que l’achat annuel d’un sapin naturel, il faut réutiliser le sapin en plastique pendant une vingtaine d’année. ©Étude Ellipsos /

En résumé, si vous souhaitez acheter un sapin ce Noël, faites comme 84 % des foyers français en 2019, privilégiez le sapin végétal, moins dommageable pour l’environnement. Sauf si vous voulez investir dans un sapin en plastique… et le garder plusieurs décennies. “Il faudrait toutefois le réutiliser pendant au moins 20 ans avant que l’arbre artificiel devienne la meilleure solution”, précise l’étude canadienne.