Les Gilets jaunes peinent à s’unir pour leur rentrée

Un peu plus de 5000 personnes ont défilé dans les rues de Paris ce samedi 12 septembre dans deux cortèges distincts, à la suite d'’appels désunis de plusieurs figures des gilets jaunes.

Des jeunes adolescents se pressent à la fenêtre d’un immeuble du 9ème arrondissement à Paris et agitent un « Macron démission ! », écrit à la va-vite sur une feuille A4. Immédiatement, les Gilets jaunes reprennent le slogan à plein poumon. « On déclare nos manifestations pour que tout le monde puisse venir dans notre cortège. Il faut que le mouvement reste populaire » s’enorgueillit Inda Bigot, figure du mouvement et organisatrice de la mobilisation. Ce samedi 12 septembre, ils sont plus de 5 000 à manifester dans les rues de la capitale pour l’acte 96 des Gilets Jaunes. La crise sanitaire a rendu leurs revendications encore plus urgentes : référendum d’initiative populaire et hausse du pouvoir d’achat.

Dans le cortège organisé par Nejeh Farhat et Inda Bigot, au départ de la place de la Bourse, les rangs sont pourtant éclaircis. Une grande partie des manifestants se trouve à quelques rues de là, place Wagram, dans un second cortège : celui d’un rassemblement déclaré par Sophie Tissier, une figure controversée du mouvement. Sur les quatre manifestations de Gilets jaunes initialement prévus, seules ces deux-là ont été autorisées par la préfecture de police.

Deux ambiances irréconciliables

Les traits d’Inda Bigot s’affaissent lorsqu’on lui parle de la place Wagram. « Nous sommes désunis à cause de problèmes d’égo. Certaines aspirent à une carrière politique » lâche-t-elle, amère. Dans le second cortège sont notamment présents Jérome Rodriguez et Maxime Nicolle, plus connus sous le pseudonyme de Flyrider.

« J’ai de la chance, je suis au bon endroit », se réjouit Céline, qui a répondu présente à l’appel d’Inda Bigot. Elle est venue avec ses enfants de quatre mois et de deux ans. Céline a appris que place de Wagram, plusieurs voitures ont été incendiées et que les forces de l’ordre chargent régulièrement des Gilets jaunes qui tentent de sortir du tracé déclaré.

« Putain, il s’est bagarré. Il est en garde à vue ». Inda Bigot s’effondre et porte ses mains à son ventre, comme si elle avait reçu un coup de poignard. Son frère faisait partie de l’autre cortège, « plus chaud et plus violent », selon Inda. « Ils veulent casser, faire du spectacle là-bas » commente Sylvie, corset médical vissé à la poitrine. Handicapée, elle se sent plus en sécurité dans ce cortège-ci.

Côté Wagram, beaucoup ont exprimé dès le départ vouloir être violents : « La seule fois où on a obtenu quelque chose, c’est quand ça a chauffé sur les champs », lance un manifestant, déçu que le mouvement soit divisé.

Une volonté d’union malgré tout

Sophie Tissier est depuis le début une figure très controversée au sein des Gilets jaunes car elle déclare systématiquement les rassemblements. Quand elle prend le micro, c’est pour appeler au calme et au respect des consignes de la préfecture : « Ne tombons pas dans la violence, c’est le piège du gouvernement. Jérôme, Priscilla, venez on va discuter, vous êtes bienvenus. On est tous unis ». Jérôme Rodrigues et Priscilla Ludosvsky deux autres personnalités du mouvement ont exprimé leur souhait de s’écarter du tracé initialement prévu.

Tissier poursuit : « On ignore les flics, on ne les siffle pas ». La foule lui sert des insultes en retour. Véronique, enseignante à la retraite explique pourquoi Tissier ne parvient pas à fédérer : « Elle tire toute la couverture à elle. On a plein de sensibilités différentes. Ce n’est pas acceptable d’imposer des décisions comme elle le fait. ».

« Il faut que l’on trouve un moyen de tous s’unir. C’est sûr qu’avec un mouvement horizontal, ce n’est pas facile, de se coordonner», tempère Isa, patronne de PME. Les deux cortèges se sont finalement rassemblés vers 16h. A 15h45, 256 interpellations ont été effectuées par les forces de l’ordre.

Depuis le premier acte, en 2018, beaucoup ont laissé chez eux le gilet jaune, trop associé à la violence et aux dérives, selon eux. Isa l’arbore fièrement, convaincue que le mouvement a encore de l’avenir, malgré la discorde.